lundi 16 février 2009

La face nord de Juliau, cinq – Nicolas Pesquès

Comme d'habitude, commencer la lecture par le début « No man's land ». Et tout de suite après par la fin « Finir une phrase extérieurement ». Déjà y voir une boucle évidente.
Puis lire en désordre – luxe de la poésie – piocher au hasard, debout dans la médiathèque. Se dire que ce livre va nous emporter. L'emprunter.
Ce livre part de rien donc, ce "no man's land". Et puis tout sortir dans ce miracle de phrases devenues livre. « Se briser le cœur de lire. Se casser les dents d'écrire ». La difficulté d'écrire extérieurement ce qui se dit intérieurement.
Partir de rien, le mont Juliau. D'un lointain Jules César. Juliau centre du
monde depuis cinq épisodes, depuis vingt ans déjà. Juliau magnifique sur la couverture de Bernard Moninot. Ah l'importance des couvertures!

Partir de rien, le jaune. Aussi. Pourquoi pas? Prétexte pour écrire soi. « Ecrire jaune comme on fauche au printemps », « Pré-texte comme nature ». Le jaune comme le filtre du photographe noir et blanc, « comme une optique pour regarder à l'intérieur du poème ». Juliau colline au sang jaune.
Partir de rien à dire. N'avoir rien à dire pour chercher comment l'écrire. « un pied dans la couleur, un autre dans l'expression ». Nicolas Pesquès, Juliologue. Le seul. Prendre colline pour miroir et s'observer encore. Juliau qu'on ne voit pas car non décrit. Mais Juliau imaginé chacun à sa façon. Ecrire ne pas décrire. Tout un jeu de négatifs. Toujours la photo. « Où trouver du négatif dans la nature? » Le jaune et le noir. Le jaune et Juliau. Juliau et l'écrit. Langage et paysage. Ecrit et décrit. Jaune et cris. Comme si le négatif était plus expressif que la photographie elle-même.
« De quel monde n'avons nous pas voulu en fabriquant nos yeux? ». « Plus je regarde le paysage plus j'entends la dissidence des mots ». Car il est bien là le travail du poète : « fabriquer de la lumière avec des lettres », un « récit impossible pour cause de langage ».
Tous les poètes écrivent sur l'écrire. Peu le font aussi bien que Nicolas Pesquès.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire