vendredi 7 mai 2010

Joël Bastard à la Maison de la Poésie de Rennes

Hier soir, les feuilles du marronnier dansaient à Beauséjour. Et la glycine nous accueillait d’un parfum de bienvenue. L’invité était Joël Bastard, poète de la « patience du sol », de cette « langue forestière » qui « arrondit les angles de sa mousse épaisse ». Lui, le jurassien habitué aux marches solitaires dans les chemins d’humus. Terreau d’une poésie reconnue par les plus grands éditeurs. Lui le poète du « dire des pas », au delà des souffles (« pour dire, il faut être au-delà du souffle »), au-delà des proses (« au tranchant du poème se coupe la prose »).

Il aurait pu être ambassadeur de sa région, mais le jurassien sait aussi se faire corse, sur les rives de la Casaluna, petite rivière à truite et à poèmes. Quand «  les pieds nus dans le silence des éboulis », « une truite maintenant éclairée sur la berge », le pécheur se fait poète ou bien l’inverse.

L’animal n’est jamais loin dans ses recueils. Comme un chasseur de lynx, il traque la moindre image, indice d’un poème à venir. C’est certain, l’homme qui sait nommer ainsi les choses, les herbes, les insectes en sait sûrement plus sur l’Homme.

Joël Bastard écrit aussi la ville. La ville dépeinte de la même manière que la campagne, en marchant et observant. A Montréal par exemple, les visages rencontrés remplacent les arbres.

Alors hier soir, à Beauséjour, un peu campagne, un peu ville, les étourneaux picoraient dans l’herbe. Puis s’approchaient à petits pas pressés d’une chaise laissée là par le poète tout à l’heure. Oiseaux pressés, bien qu’en terre de poésie, curieuse image. Le canal nous offrait une belle soirée de mai, la poésie en plus.


Retrouvez Joël Bastard sur son blog :

Manière, Gallimard, Blanche, 2009.
Bakofé, avec Amina Benbouchta, Al Manar, 2009
Casaluna, Gallimard, 2007.
Le Sentiment du lièvre, Gallimard, 2005.
Au dire des pas, L'Idée bleue, Le Dé bleu, 2004.
Se dessine déjà, Gallimard, 2002.