mardi 3 janvier 2012

L'Heure dite, d'Henri Deluy

DeluyAvec  L'heure dite  édité dans la belle collection Poésie/Flammarion, Henri Deluy poursuit le mouvement engagé avec  Arbres noirs . L'heure est donc au bilan. Des voyages, des amis, des poètes, des instants, des parfums, bref, tous ces moments-clefs d'une existence bien remplie, de poète engagé dans la transmission du fait et de l'action poétique. Mais rassurez-vous, ce bilan-là, n'est pas triste, Henri Deluy cherche plutôt à en rechercher l'intensité pour en tirer un magnifique ouvrage-fragments.
Des voyages donc. De Budapest à Riga, d'Alger à Moscou, en passant par Venise, Kaboul, Recife et la Chine. Et plus encore, une tour du monde en une "géographie affective". Voyager "Et ne pas être heureux / Enfin". Voyager à la recherche de la langue, d'une écriture. Cette "langue apatride" qui fait se reconnaître les poètes. "Et / Ailleurs / Sans doute / Un lendemain / Les mots". Le retour pour écrire car "Ce que tu écris / Tu l'écris plus tard / Quand c'est propre / Quand l'obscurité / Ou l'événement / Un sentiment après l'autre".
Des petits instants aussi, ponctués par les minutes qui enchaînent le temps. Mais des instants importants, juste esquissés de quelques mots. Le dénuement pour fuir l'anecdote et toucher l'universel.
Les poètes sont nommés Anna Maria van Soesbergen, Carlos Drummond de Andrade, Pablo Neruda, Bertolt Brecht, Yannis Ritsos, Aragon, Nerval, Hikmet, Tzara, Maïakovski, Adriaan Roland-Holst, Saskia de Jong, Laco Novomesky, Samira Negrouche, Guillaume Apollinaire, Juan Gelman, Violeta Barrientos Silva, Lorca, Césaire, Adilia Lopes, Pierre Reverdy. La liste est longue mais il est bon de nommer les poètes. Même les moins connus pour les immortaliser dans les moteurs de recherche. Cette poésie-monde qui s'affranchit des latitudes.
Et puis, Gérald Neveu et Marseille, l'exacte coïncidence entre un lieu et deux auteurs. Le Marseille de Deluy et Neveu ce concentre entre la rue Breteuil et le cours d'Estienne d'Orves. "Le paysage / Non /Pas le paysage / C'est un peu lourd / C'est un peu vague / Il n'y a / Rien / Derrière les mots / Le nom / Au coin de la rue".
Et puis encore Danielle Collobert, cette étincelle poétique trop vite éteinte. Danielle Collobert, n'oubliez pas ce nom, dans la complicité du voyage. "Voyager. Pas mal. Ne pas séjourner. Pour l'écriture aussi la terre est vaste. Ronde. C'est la mort, en fin de compte, qui s'isole."
Et puisqu'il faut bien terminer, à l'heure dite, le livre se referme sur ce "dernier corps / dernière solitude"…
Bref, un livre du présent et non du passé, le bilan d'un homme tout entier tourné vers la "besogne des mots". De magnifiques fragments de vie au service de la poésie. 



article publié le 8 novembre 2011 sur le site Poezibao

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