vendredi 18 octobre 2013

Jean-Pierre Siméon

GIBRALTAR*

Ceux-là ne vont pas à la mer
pour la mer
pas pour nouer leurs rires
à la gerbe des vagues
pas pour cuire leur sommeil
sur le sable

ils sont devant la mer
debout sous la nuit sans étoiles
comme devant l'abîme

derrière eux la terre qu'ils aiment
harassée
dépourvue
où il n'y a de choix
qu'entre la mort et la mort

devant eux rien la mer immense
un abîme à franchir
comme on doit bien franchir le désespoir

ils savent que leur barque
est plus fragile qu'un rêve
ils savent
que là-bas peut-être à l'autre bout du vide
la mer recrachera leur corps
sur le sable froid
ils savent
debout devant la mer


Ici
Jean-Pierre Siméon
Cheyne éditeur

* à rapprocher des drames récents de Lampedusa et Malte

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