vendredi 27 janvier 2017

Stéphane Sangral – Circonvolutions


Fidèle aux éditions Galilée, Stéphane Sangral est un poète, philosophe et psychiatre, qui fouille dans les méandres de l'être, les circonvolutions de l'âme et les boucles entre le je et le soi. Il y a dans ces Circonvolutions (Soixante-dix variations autour d’elles-mêmes), une mathématique du cercle infiniment vicieux voire vicieusement infini. Tout un délice pour qui aime se perdre en soi et se retrouver porté par un tourbillon poétique.

Sangral cherche le nœud, où mathématique, philosophie et poésie se rejoignent. Dans une topologie typographique toute personnelle, Sangral cherche le point d'équilibre en ses circonvolutions autour de ses déséquilibres. Dans le vertige du langage, Sangral déconstruit le signifié "Seule la déconstruction véritablement construit" et pousser l'expérience jusqu'à effacer ses textes en les laissant "s'effondrer". Quand "le sens tombe dans les phrases que je n'ai pas écrites". Ces phrases tout en retenue pudique, écrites dans le tourbillon de la survie suivant la mort du frère.

Sans jamais perdre le lecteur, il l’entraîne aussi dans le labyrinthe du signifiant. "J’écris pour compenser mon incapacité à lire le réel...". Et si c'était cela le rôle du poète? Les circonvolutions de Sangral pourraient tourner à l'infini dans les 160 pages de cet ouvrage dense et léger à la fois. Une recherche du vide comme placement des mots dans l'espace. Circonvolutions vers le centre, le "Néant de l'équilibre". Circonvolutions parfois gherasimiennes où se perd l'écrire dans le précipice du dire précipité. Un jeu d'escalier dans cet écrire incalculable. Du tout et du rien, et retour. Du plein et du vide. Comme une idée de l'infini ailleurs que dans l'espace. Désunité de l'univers, universalité de l'en-soi et de sa parole. Ici le lecteur est invité à l'action, à fouiller dans "l'ailleurs de ce texte" pour "changer de paysage".

Avec en filigrane le passé ("L
'on traîne avec soi un cadavre roulé dans un tapis, notre passé"), la mort ("La vie n’a aucun sens, qu’une direction : la mort.") et la religion ("La religion est le savoir de l'ignorance") écrire est une recherche et ce, bien au-delà des aphorismes "...et se chercher un sens, et sans cesse jusqu'au non-sens" de cette "étrange étrangeté d'être".

Bien entendu, de toute cette recherche sur la mise en page et la typographie, il n'est pas question ici d'une posture d'écriture. "Toute posture n'est au fond qu'une imposture". Et la poésie de Sangral est contemporaine par la force du mouvement qu'elle imprime en nous,
"et j'ai besoin de faire, puisque je ne sais pas être".

A lire les critiques, déjà publiées et disponibles sur le site de l'éditeur, critiques et notes de lectures qui me semblent unanimes au sujet de l’œuvre de Stéphane Sangral, il y a mille façons de lire cet ouvrage et c'est tant mieux. C'est tout l'intérêt de la poésie contemporaine que d'offrir plusieurs niveaux de langage pour plus de sens offert.

Circonvolutions
Stéphane Sangral
éditions Galilée
2016
160 p
15€

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