samedi 13 décembre 2008

"Frédéric Renaissan" d'Eric Sautou


On sentait du froid hier soir à Beauséjour. Non pas dans l'homme Eric Sautou qui lit ses textes d'une voix timide mais chaude. Ni dans l'atmosphère ambiante, même si le temps est à la pluie froide, mais dans les mots lu. Ce n'est pas du froid qui renferme – chacun en soi - mais plutôt du froid qui nous obligerait à nous réchauffer. Les mots d'Eric Sautou sont simples – tout comme l'homme - mais font œuvre quand même, une œuvre de bouleversement pour ne pas rester insensible.
Dans « Frédéric Renaissan », il y a de la neige, du sang, une forêt sombre, un enfant qui appelle sa maman. On dirait un conte cruel. Une histoire à faire peur. On sent de la souffrance, le froid des cœurs pour un enfant trop petit, tout seul. Tout est dans tout, le « je » dans « neige » (n'ai je?), « Eric » dans « Frédéric ». Il y a aussi un peu de sacré qui vient me troubler encore plus. « Renaissan » : résurrection? « sainte famille » : sanctification? Mais la magie de la poésie opère. Le froid et le sang sont aussi poésie. Olivier Bourdelier ferme les yeux en l'écoutant, le doigt sur ses lèvres fermées. Je n'ose décroiser les jambes.
Il est facile de trouver des anagrammes dans le nom d'Eric Sautou : « Cri saute ou? », « Étau ou cris » et à chaque fois les mots cri, couteau, ciseau, etc. Si on entend dans son nom des écrits-sautent-au-cou, ces écrits-là nous sautent à la figure pour notre plus grand plaisir.

vendredi 26 septembre 2008

Cou cueilli - François Rannou


Cou
cueilli


par on ne sait quelle guillotine                            le tomber de lame et la tête qui roule                              verticalité,
horizontalité                                                    quel horizon?

comme un sens de lecture                                     curieux comme sens de lecture...


la mort sur la page blanche,                           la mort proche
« là-contre »

tout contre même, « pendaison in vitro » expérience extrême. « crache
dans ta / main à mesure / que tu creuses
 », trou noir « troué vif » trou-mort, 
              
et puis

« coup derrière l'oreille sec »

mais
ce livre est « 
sans plaie »                                           son vertige est « sans cri »                              il y a de l'âme
avant la mort
Du Bouchet n'est pas loin
et les chats aussi


devant la mort se serrer les uns                           contre les autres            
les vivants                             contre les morts                            
les hommes                                 contre les chats


et le traduire en peau

Lire 'cou cueilli' ici