jeudi 30 août 2012

"X fois la nuit" de Patricia Castex Menier



L'aurore
est son objet d'orgueil,

tel
un enfant si différent,

qu'on a pourtant tiré de soi

*****

Le
jour est trop contraire :

elle
n'a pas de frère.

Seuls
Les deux crépuscules

Sont
princes de même sang.

*****

La
bienveillante, la bannie,

celle
que les maîtres ont bafouée,

au
nom de quelle lumière?

*****

Sa
piété, la première à s'avancer :

bien
avant nous

elle
a posé le pied

sur
les champs de bataille

et
reconnu les corps.

*****

L'aurore
au moins serait son petit
mené à terme.

Mais
elle beugle déjà,

c'est
l'incendie
dont elle accouche :

les
missiles ont éventré
sans sommation

les
grandes étables du ciel

*****

Les
assassins auparavant

l'avaient
conduite au taureau
de leur orgueil.

Gésine
ensuite qu'on surveille
sur les cartes

puis
bombes
mises bas.

*****

Sanie
et placenta

qu'elle
abandonne
sur le terrain,

les chiens
du jour
apprécieront.

C'est
encore au Levant

que
se prépare
l'équarrissage.


Extraits de "X fois la nuit" de Patricia Castex Menier, éd Cheyne






« des cailloux qui flottent » de François de Cornière

VOILA

Par la fenêtre de mon bureau
un cerisier un mur
et des immeubles.

Ecrire pourtant mon horizon.

*

Le soleil donne sur le tapis.
Ma chienne sursaute
après les mouettes.

Et moi après les mots.

*

Rangée de livres derrière ma tête
contre le mur
qui lisent par-dessus mon épaule

et me soufflent parfois.

*
Notes en arrêt sur un carnet.
A la même place sur l’étagère
ou sous la main.

Attendent mon heure.

*

Lettres classées triées gardées
dans un dossier
comme des photos pour un album.

Me reconnaître moi ou un autre.

*

Silence du poste quand j’écris.
Seules des voitures
un peu plus loin

tracent des traits.

*

Sur le divan sous la fenêtre
l’amour parfois
qui fait tomber les mots faciles

qu’on n’écrit pas.

*

La cheminée en plein été.
Quand il pleut sur le jardin
les gouttes y tombent

et laissent des marques.

*
La lampe la nuit.
Et quand tout dort
dans la maison

les mots qui sortent.

*

Derrière la cloison
j’entends ma fille rêver
et tourner les pages

que nous avons signées.

*

Un jour ou l’autre
plier une feuille ouvrir une porte
l’instant venu de dire

voilà.



Extraits de « des cailloux qui flottent » de François de Cornière, éd. Le Dé Bleu