mardi 4 novembre 2014

Jean-Claude Pirotte et Guénane : Une île ici et là

Quel est ce « besoin d’îles » qui me fait lire, par hasard, le même jour, le regretté Jean-Claude Pirotte « Une île ici » et Guénane « L’approche de Minorque » ? L’un, malheureusement décédé, est édité chez un grand éditeur (Mercure de France) l’autre, heureusement bien vivante, par une petite maison de micro-édition qui n’en fait pas moins un gros travail de qualité éditoriale : La Porte (depuis 17 ans, aux bons soins attentionnés d’Yves Perrine). Quel est ce besoin et cette conjonction d'actualité autour de ces îles où selon Blaise Cendrars « l’on ne prendra jamais terre » ? Deux tentatives de réponses.
Jean-Claude Pirotte, qui a « bourlingué n'importe où » et qui vivait « en rond / comme dort la couleuvre », dédie ce livre à Guillevic. Un intéressant jeu de il ou elle, où l'on ne sait qui est « il », Guillevic , ni qui est « elle », Groix, Belle-île, Hoedic ? Il ne situe pas précisément cette île, il préfère en toucher l’universel, le mythe. L'île comme « rêve d'être ailleurs », « de ce qui est toi-même / l'île perpétuelle ».

 L’île sauvage « ce qui n'est pas écrit / s'écrira par le vent / sur la paroi de l'île // ou par les naufragés ». « un avion la repère / mais ne peut atterrir // c'est heureux se dit-elle / que je sois si revêche ». « l'île / se défie de la gloire / au point de se cacher / d'un seul banc de poissons », « elle s'habille en jaune / éteint en violet /dans les printemps soudains // s'empresse de vêtir / ensuite un surplis gris / qui permet de passer /de loin inaperçue »


 
Guénane, capitaine d’une croisière poétique à travers les îles, nous emmène cette fois à Minorque « juste entre Marseille et Alger », Minorque après Groix, Sein, Hoedic. La chaude Méditerranée après le frais atlantique. Peut-être que « le large nous aspire », peut-être que l’on voit dans une île avec l’auteur « L’art de résister », « L’art de rester rurale ». « Anses criques calanques » baignées par des « ombres infatigables ». L’île qui se bat courageusement contre une « mer querelleuse ». Minorque, l’île en mode mineur, mais Minorque comme « une mine de point d’orgue ». Minorque pour affirmer à nouveau que chacun de nous est une île. Qu'on a tous un côté sauvage, rugueux, qui lutte contre les influences, les dépendances. « L'inaccessibilité est une protection suprême ». Et un côté apprivoisé, notre côté bien exposé, paisible, loin des courants. Comme une île chacun affronte, lutte avec âpreté, stoïque, mais comme une île chacun peut aussi, en épicurien, se satisfaire de saveurs fortes et simples de « terres d'ocre teintées »,  « d'arums vulgaires » ou de « marguerite reine ». La poésie trouve sa plage sur toutes les îles et au-devant « le large nous aspire ».

En ces îles de Bretagne ou d’ailleurs, l’image du caractère et du courage, des valeurs importantes de nos jours…




Jean-Claude Pirotte
Une île ici 
Mercure de France 2014
208 pages 17€50

Guénane
L’approche de Minorque
La Porte 2014
34 pages 3€80


Article publié également sur le site Recours au poème



Jean-Claude Pirotte Une île ici Mercure de France 2014 208 pages 17€50 Guénane L’approche de Minorque La Porte 2014 34 pages 3€80

Jean-Claude Pirotte et Guénane : Une île ici et là

Quel est ce « besoin d’îles » qui me fait lire, par hasard, le même jour, le regretté Jean-Claude Pirotte « Une île ici » et Guénane « L’approche de Minorque » ? L’un, malheureusement décédé, est édité chez un grand éditeur (Mercure de France) l’autre, heureusement bien vivante, par une petite maison de micro-édition qui n’en fait pas moins un gros travail de qualité éditoriale : La Porte (depuis 17 ans, aux bons soins attentionnés d’Yves Perrine). Quel est ce besoin et cette conjonction d'actualité autour de ces îles où selon Blaise Cendrars « l’on ne prendra jamais terre » ? Deux tentatives de réponses.
Jean-Claude Pirotte, qui a « bourlingué n'importe où » et qui vivait « en rond / comme dort la couleuvre », dédie ce livre à Guillevic. Un intéressant jeu de il ou elle, où l'on ne sait qui est « il », Guillevic , ni qui est « elle », Groix, Belle-île, Hoedic ? Il ne situe pas précisément cette île, il préfère en toucher l’universel, le mythe. L'île comme « rêve d'être ailleurs », « de ce qui est toi-même / l'île perpétuelle ».
 L’île sauvage « ce qui n'est pas écrit / s'écrira par le vent / sur la paroi de l'île // ou par les naufragés ». « un avion la repère / mais ne peut atterrir // c'est heureux se dit-elle / que je sois si revêche ». « l'île / se défie de la gloire / au point de se cacher / d'un seul banc de poissons », « elle s'habille en jaune / éteint en violet /dans les printemps soudains // s'empresse de vêtir / ensuite un surplis gris / qui permet de passer /de loin inaperçue »
Guénane, capitaine d’une croisière poétique à travers les îles, nous emmène cette fois à Minorque « juste entre Marseille et Alger », Minorque après Groix, Sein, Hoedic. La chaude Méditerranée après le frais atlantique. Peut-être que « le large nous aspire », peut-être que l’on voit dans une île avec l’auteur « L’art de résister », « L’art de rester rurale ». « Anses criques calanques » baignées par des « ombres infatigables ». L’île qui se bat courageusement contre une « mer querelleuse ». Minorque, l’île en mode mineur, mais Minorque comme « une mine de point d’orgue ». Minorque pour affirmer à nouveau que chacun de nous est une île. Qu'on a tous un côté sauvage, rugueux, qui lutte contre les influences, les dépendances. « L'inaccessibilité est une protection suprême ». Et un côté apprivoisé, notre côté bien exposé, paisible, loin des courants. Comme une île chacun affronte, lutte avec âpreté, stoïque, mais comme une île chacun peut aussi, en épicurien, se satisfaire de saveurs fortes et simples de « terres d'ocre teintées »,  « d'arums vulgaires » ou de « marguerite reine ». La poésie trouve sa plage sur toutes les îles et au-devant « le large nous aspire ».
En ces îles de Bretagne ou d’ailleurs, l’image du caractère et du courage, des valeurs importantes de nos jours…