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"X fois la nuit" de Patricia Castex Menier

L'aurore est son objet d'orgueil, tel un enfant si différent, qu'on a pourtant tiré de soi ***** Le jour est trop contraire : elle n'a pas de frère. Seuls Les deux crépuscules Sont princes de même sang. ***** La bienveillante, la bannie, celle que les maîtres ont bafouée, au nom de quelle lumière? ***** Sa piété, la première à s'avancer : bien avant nous elle a posé le pied sur les champs de bataille et reconnu les corps. ***** L'aurore au moins serait son petit mené à terme. Mais elle beugle déjà, c'est l'incendie dont elle accouche : les missiles ont éventré sans sommation les grandes étables du ciel ***** Les assassins auparavant l'avaient conduite au taureau de leur orgueil. Gésine ensuite qu'on surveille sur les cartes puis bombes mises bas. ***** Sanie ...

« des cailloux qui flottent » de François de Cornière

VOILA Par la fenêtre de mon bureau un cerisier un mur et des immeubles. Ecrire pourtant mon horizon. * Le soleil donne sur le tapis. Ma chienne sursaute après les mouettes. Et moi après les mots. * Rangée de livres derrière ma tête contre le mur qui lisent par-dessus mon épaule et me soufflent parfois. * Notes en arrêt sur un carnet. A la même place sur l’étagère ou sous la main. Attendent mon heure. * Lettres classées triées gardées dans un dossier comme des photos pour un album. Me reconnaître moi ou un autre. * Silence du poste quand j’écris. Seules des voitures un peu plus loin tracent des traits. * Sur le divan sous la fenêtre l’amour parfois qui fait tomber les mots faciles qu’on n’écrit pas. * La cheminée en plein été. Quand il pleut sur le jardin les gouttes y tombent et laissent des marques. * La lampe la nuit. Et quand tout dort dans la maison...

Bernard Noël

Impression générale sur Bernard Noël après l’avoir rencontré à Rennes, avoir lu « extrait du corps », le n°49 de la revue NU(e) et le n°21 de la revue CCP : Ecrire la secousse en épicentre Je, avec tous ses émois collatéraux. Y chercher des liens existants ou n’ayant jamais existé. Co-incidences, liens de connivence entre les catastrophes. Je est une catastrophe et ce lien n’est parfois que simple illusion. Mais trouver cette illusion c’est déjà accepter le lien. Tout tremblement a un lien avec l’illusion. L’intervalle ente l’illusion et la sismologie du corps est inscrit sans doute dans les gènes. C’est à l’artiste qu’il revient de le faire apparaître. Je est au centre du triangle illusion-émotion-art. L’émotion s’exprimant souvent par tremblements, l’artiste doit résister à cette magnitude qui emporte beaucoup de monde. Mais résister n’est pas forcément combattre. Se laisser porter par la confusion fait sûrement avancer plus loin encore. Le poème aussi est da...

"Terminus Rennes" de Jacques Josse

Voilà une injustice réparée. Rennes n'était jusqu'alors que peu présente en littérature. De nombreux auteurs y ont pourtant vécu, y ont des attaches, y sont passés, mais sans vraiment que cette ville leur laisse un souvenir tellement important qu'ils éprouvent le besoin de l'écrire dans un ouvrage littéraire. Descartes, Paul Féval, Villiers de L'Isle Adam, Alfred Jarry, Lecomte de Lisle, Chateaubriand y ont bien séjourné mais n'en ont laissé que peu de traces dans leurs écrits. D'autres villes comme Nantes ou Fougères ont eu plus de chance… Jacques Josse est celui par qui cette injustice est réparée. Ecrivain rennais, il est l'auteur de plusieurs recueils de petits textes brefs qui parlent de la Bretagne qu'il aime tant. Dans ce " Terminus Rennes ", il s'agit bien de littérature et non de ces romans du terroir qui fleurissent un peu partout et souvent construits à partir de recettes identiques. Non là il s'agit de faire œuvre...

Chantal Dupuy-Dunier

Dans son dernier ouvrage, publié par Yves Perrine (éditions La Porte), Chantal Dupuy-Dunier nous emmène sur un Titanic qui vient coïncider bizarrement avec le naufrage du Concordia. Mais ce livre va au-delà du fait divers et de l'hommage à cet orchestre magnifique, dirigé par Wallace Hartley, qui ne cessa de jouer pendant la catastrophe. C'est aussi une réflexion sur le voyage et comment l’aborde le poète : une traversée dans les coursives du poème avec " tant et tant de portes à ouvrir  / et tous ces couloirs comme des veines nouvelles " . Ces voyages qui " nous portent plus loin que notre finitude / tellement plus loin / que le mot loin paraît étroit ". Au loin, les îles, des oiseaux inconnus, " Des enfants poussent un bateau en papier dans le caniveau ". Au loin, " L'air aura un goût différent / et l'oubli sera plus vaste. " Au loin , " Nous lacérerons le mot banal /en fins rubans tissés de fils d'or ". Belle...

Nono, de Thierry Le Pennec

Louis Dubost a eu son "Pas revoir" de Valérie Rouzeau. Que soit donné à Yves Landrein le même succès avec ce "Nono" de Thierry Le Pennec. Cet ouvrage édité en 2009, vient de recevoir le Prix Eugène Livet 2011 et ce n'est que juste récompense. Ici la mort, c'est celle du frère. La mort, cette "cavale blanche" bien connue des brestois. Une mort qui touche une fratrie de sept. La mort vue par un homme et son quotidien. Tout de suite, on a envie d'être ami avec cette fratrie. Il y a de l'amour, de l'humour, de la musique et des mots chez ces gens-là. Et toujours la nature, si chère à Thierry Le Pennec. Une mort en plein milieu pour dire aussi l'après. Le retour dans sa maison, la première Toussaint, le travail avec le fils, l'écoute des chansons aimées ensemble, l'amour aussi et le souvenir, tout le souvenir. Après avoir lu ce livre, écoutez le sublime Denez Prigent et sa chanson "Go...

L'Heure dite, d'Henri Deluy

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Avec   L'heure dite  édité dans la belle collection Poésie/Flammarion, Henri Deluy poursuit le mouvement engagé avec   Arbres noirs . L'heure est donc au bilan. Des voyages, des amis, des poètes, des instants, des parfums, bref, tous ces moments-clefs d'une existence bien remplie, de poète engagé dans la transmission du fait et de l'action poétique. Mais rassurez-vous, ce bilan-là, n'est pas triste, Henri Deluy cherche plutôt à en rechercher l'intensité pour en tirer un magnifique ouvrage-fragments. Des voyages donc. De Budapest à Riga, d'Alger à Moscou, en passant par Venise, Kaboul, Recife et la Chine . Et plus encore, une tour du monde en une " géographie affective ". Voyager " Et ne pas être heureux / Enfin ". Voyager à la recherche de la langue, d'une écriture. Cette " langue apatride " qui fait se reconnaître les poètes. "Et / Ailleurs / Sans doute / Un lendemain / Les mots ". Le retour pour écrire ...