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"Ce pays du silence" de Charles Juliet

  quand le doute tranche mes racines quand le dégoût pourrit ma terre quand la détresse ensable mes yeux corrompt mes mots tarit la source ***** toi dont le visage est le miroir où se dénude mon visage prends ma terre humecte-la de tes eaux et pétris-la façonne-la imprime-lui ta ressemblance puis tends vers moi le miroir où mon visage a tes traits

"La face nord de Julliau huit, neuf, dix" de Nicolas Pesquès

Les mots ne nous donnent pas les choses ils nous les enlèvent ils nous enlèvent les dire et les dire : c'est les faire être autrement le temps qu'ils créent, l'espace qu'ils leur accordent sont peut-être les seuls qui existent vraiment à côté de nos illusions

Visages de l’Echelle de la Chaise et du Feu de Serge Pey

XI Mére encore maintenant que je suis mort veux-tu       scier mes pieds pour   les    faire pousser dans la terre Mon visage avale ton ombre en mettant le feu au feu et la pierre à   la pierre et fait tourner un serpent comme         un cerceau de peau Car mon nom  a besoin d’un visage pour que   je    puisse l’appeler dans   le    plein minuit de la lumière Mon père fait un trou dans le jour et crie  avec  un verre d’eau dans   la    main gauche et    une   torche dans la droite Mon père met   le   feu   au paradis et   veut  éteindre l’enfer car   il  a   trouvé ce qu’il cherchait sur  la  frontière ...

"Pointe des pieds sur le balcon" d'Albane Gellé

debout   première   fois   marchant tenir  un  enfant   par  l'enfance  en mouvement de trapéziste laisser sa                                                         main lâcher ma main. * Lunettes  pas  noires  et  quatre   à quatre      les    escaliers    grimpant glissant     le souffle   court    souffle coupé   souffle   essoufflé poumons                             ...

"Dans la poigne du vent" de François-Xavier Maigre

Aujourd'hui encore j'aime janvier pour la franchise de sa morsure cette insidieuse adresse à creuser mes phalanges cette décharge blanche à poumons tirés cette soie tranchante qu'il faut passer au corps cet avant-goût lointain de ciel cette façon brutale de me dire réveille-toi écris tant qu'il est l'heure écris! avant de pourrir et de ne plus en avoir besoin écris... ***** L'enfance des paysages, Ce sont ces heures précoces où le temps balbutie Ces grands volets qui grincent sous des doigts porcelaine Ces champs de tournesols hésitant à s'ouvrir Et ces brèves lueurs qui finissent un jour Dans nos poèmes. François-Xavier Maigre Dans la poigne du vent Éditions Bruno Doucey http://fxmaigre.blogspot.com/

77 poèmes et des poussières d'Olivier Cousin

FACE A L'IROISE A la pointe sud-ouest d'Ouessant lande où le mauve s'acharne sur le vert une parcelle parfaite d'Armorique pour relire Beckett et ses hommes sans voie En mire rayonne un roi chahuté par les flots Le phare de la Jument à la rouge couronne guide de son sceptre-spectre de majesté les insolents qui tentent encore d'aller oublier le monde à Tír na nÓg Sur le continent à la renverse du soleil d'été entre Saint-Samson et Penfoul la mer ne veut rien partager avec la lande Elle talocherait les rochers recouverts de giroflées sauvages s'ils n'étaient placés sous la protection  de saint Conservatoire-du-littoral Parfait que c'est - matt pell' zo - pour replonger dans les pages d'Yves Elléouët Un vieux ciel zébré de rose tire sa révérence à la petite fontaine votive sur la dune et à la source qui n'arrive pas à se faire entendre - Qui la prendrait au sérieux dans ces parages? Comme si saint Samson pissotait...

"X fois la nuit" de Patricia Castex Menier

L'aurore est son objet d'orgueil, tel un enfant si différent, qu'on a pourtant tiré de soi ***** Le jour est trop contraire : elle n'a pas de frère. Seuls Les deux crépuscules Sont princes de même sang. ***** La bienveillante, la bannie, celle que les maîtres ont bafouée, au nom de quelle lumière? ***** Sa piété, la première à s'avancer : bien avant nous elle a posé le pied sur les champs de bataille et reconnu les corps. ***** L'aurore au moins serait son petit mené à terme. Mais elle beugle déjà, c'est l'incendie dont elle accouche : les missiles ont éventré sans sommation les grandes étables du ciel ***** Les assassins auparavant l'avaient conduite au taureau de leur orgueil. Gésine ensuite qu'on surveille sur les cartes puis bombes mises bas. ***** Sanie ...