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Bernard Noël

Impression générale sur Bernard Noël après l’avoir rencontré à Rennes, avoir lu « extrait du corps », le n°49 de la revue NU(e) et le n°21 de la revue CCP : Ecrire la secousse en épicentre Je, avec tous ses émois collatéraux. Y chercher des liens existants ou n’ayant jamais existé. Co-incidences, liens de connivence entre les catastrophes. Je est une catastrophe et ce lien n’est parfois que simple illusion. Mais trouver cette illusion c’est déjà accepter le lien. Tout tremblement a un lien avec l’illusion. L’intervalle ente l’illusion et la sismologie du corps est inscrit sans doute dans les gènes. C’est à l’artiste qu’il revient de le faire apparaître. Je est au centre du triangle illusion-émotion-art. L’émotion s’exprimant souvent par tremblements, l’artiste doit résister à cette magnitude qui emporte beaucoup de monde. Mais résister n’est pas forcément combattre. Se laisser porter par la confusion fait sûrement avancer plus loin encore. Le poème aussi est da...

"Terminus Rennes" de Jacques Josse

Voilà une injustice réparée. Rennes n'était jusqu'alors que peu présente en littérature. De nombreux auteurs y ont pourtant vécu, y ont des attaches, y sont passés, mais sans vraiment que cette ville leur laisse un souvenir tellement important qu'ils éprouvent le besoin de l'écrire dans un ouvrage littéraire. Descartes, Paul Féval, Villiers de L'Isle Adam, Alfred Jarry, Lecomte de Lisle, Chateaubriand y ont bien séjourné mais n'en ont laissé que peu de traces dans leurs écrits. D'autres villes comme Nantes ou Fougères ont eu plus de chance… Jacques Josse est celui par qui cette injustice est réparée. Ecrivain rennais, il est l'auteur de plusieurs recueils de petits textes brefs qui parlent de la Bretagne qu'il aime tant. Dans ce " Terminus Rennes ", il s'agit bien de littérature et non de ces romans du terroir qui fleurissent un peu partout et souvent construits à partir de recettes identiques. Non là il s'agit de faire œuvre...

Chantal Dupuy-Dunier

Dans son dernier ouvrage, publié par Yves Perrine (éditions La Porte), Chantal Dupuy-Dunier nous emmène sur un Titanic qui vient coïncider bizarrement avec le naufrage du Concordia. Mais ce livre va au-delà du fait divers et de l'hommage à cet orchestre magnifique, dirigé par Wallace Hartley, qui ne cessa de jouer pendant la catastrophe. C'est aussi une réflexion sur le voyage et comment l’aborde le poète : une traversée dans les coursives du poème avec " tant et tant de portes à ouvrir  / et tous ces couloirs comme des veines nouvelles " . Ces voyages qui " nous portent plus loin que notre finitude / tellement plus loin / que le mot loin paraît étroit ". Au loin, les îles, des oiseaux inconnus, " Des enfants poussent un bateau en papier dans le caniveau ". Au loin, " L'air aura un goût différent / et l'oubli sera plus vaste. " Au loin , " Nous lacérerons le mot banal /en fins rubans tissés de fils d'or ". Belle...

Nono, de Thierry Le Pennec

Louis Dubost a eu son "Pas revoir" de Valérie Rouzeau. Que soit donné à Yves Landrein le même succès avec ce "Nono" de Thierry Le Pennec. Cet ouvrage édité en 2009, vient de recevoir le Prix Eugène Livet 2011 et ce n'est que juste récompense. Ici la mort, c'est celle du frère. La mort, cette "cavale blanche" bien connue des brestois. Une mort qui touche une fratrie de sept. La mort vue par un homme et son quotidien. Tout de suite, on a envie d'être ami avec cette fratrie. Il y a de l'amour, de l'humour, de la musique et des mots chez ces gens-là. Et toujours la nature, si chère à Thierry Le Pennec. Une mort en plein milieu pour dire aussi l'après. Le retour dans sa maison, la première Toussaint, le travail avec le fils, l'écoute des chansons aimées ensemble, l'amour aussi et le souvenir, tout le souvenir. Après avoir lu ce livre, écoutez le sublime Denez Prigent et sa chanson "Go...

L'Heure dite, d'Henri Deluy

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Avec   L'heure dite  édité dans la belle collection Poésie/Flammarion, Henri Deluy poursuit le mouvement engagé avec   Arbres noirs . L'heure est donc au bilan. Des voyages, des amis, des poètes, des instants, des parfums, bref, tous ces moments-clefs d'une existence bien remplie, de poète engagé dans la transmission du fait et de l'action poétique. Mais rassurez-vous, ce bilan-là, n'est pas triste, Henri Deluy cherche plutôt à en rechercher l'intensité pour en tirer un magnifique ouvrage-fragments. Des voyages donc. De Budapest à Riga, d'Alger à Moscou, en passant par Venise, Kaboul, Recife et la Chine . Et plus encore, une tour du monde en une " géographie affective ". Voyager " Et ne pas être heureux / Enfin ". Voyager à la recherche de la langue, d'une écriture. Cette " langue apatride " qui fait se reconnaître les poètes. "Et / Ailleurs / Sans doute / Un lendemain / Les mots ". Le retour pour écrire ...

sur la tombe d'Apollinaire

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Je me suis enfin détaché De toutes choses naturelles Je peux enfin mourir mais non pêcher Et ce qu'on n'a jamais touché Je l'ai touché je l'ai palpé Et j'ai scruté tout ce que nul Ne peut en rien imaginer Et j'ai soupesé maintes fois Même la vie impondérable Je peux mourir en souriant Habituez vous comme moi A ces prodiges que j'annonce A la bonté qui va régner A la souffrance que j'endure Et vous connaîtrez l'avenir

Marc Le Gros - Passage du héron gris

Si je me fie au ton donné par la citation de François Cheng en exergue, pureté et légèreté vont marquer ce «  passage du héron gri s » de Marc le Gros. Quatrième et dernier volet (après le corbeau, l’aigrette et le cormoran*) d’une tétralogie des oiseaux du halage, Marc Le Gros se place à nouveau en observateur des passagers de l’Odet, ce fleuve breton qui traverse Quimper. Et tout de suite, dès la première page, la proximité avec l’humain écrivant «  C’est qu’on balaye la page du ciel nous aussi / Nos mots ce sont les plumes qu’on laisse / Les livres qu’on jette à la mer / On écrit sur le vide / Comme lui  ». Tout comme l'homme, le héron signe son œuvre de passage d’une trace de pas fragile sur la vase d’un fleuve passé. «  Le beau placé décomposé du pied / Sur le glacis des vases / Cette allure impeccable de celui / Qui voit clair et qui marche / Aussi lent qu'un grand fauve / Sur les œufs des saisons  ». Un pas hésitant, un vol malhabile, un pas...