Articles

Sinéad Morrissey

Génétique Mon père est dans mes doigts, ma mère dans mes paumes. Je lève mes mains et les regarde avec plaisir - grâce à elles, je sais que mes parents m'ont faite. Bien qu'ils se soient retrouvés dans des pays séparés, des hémisphères séparés, partageant peut-être le lit d'autres amants, ils se touchent en moi, là où les doigts sont reliés à la paume. Rien ne reste de leur union, que leurs amis en quête de leur image près d'une rivière : mes mains au moins témoignent de leur mariage. J'en fais une chapelle avec un clocher, et quand je la retourne, mon père est dans mes doigts, ma mère dans mes paumes, timide, devant un prêtre récitant des psaumes. Mon corps est leur registre de mariage. Je re-joue la cérémonie avec mes mains. Alors emmène-moi, obéis à l'exigence qu'a la peau de se refléter dans les corps du futur. J'accepte de léguer mes doigts si tu lègues tes paumes. C'est par nos mains que nous savons que nos parents nous ...

Revue Spered Gouez N°19 sur le thème « Mystiques sans dieu(x) »

Qu'une revue de poésie qui s'appelle "L'esprit sauvage", qui plus est publiée en Bretagne, se consacre à la thématique "Mystiques sans dieu(x)" me parait tout à fait logique. Mais Marie-Josée Christien a réalisé là un bien bel ouvrage empreint d’une humanité et d’un souci du partage qui fait plaisir à lire. Mystique et poésie donc tout d'abord, "quête de lumière et d'intériorité" selon Marie-Josée Christien, cet "obscur vertige des vivants" de Michel Baglin. Cette lumière que l'on pourrait placer "entre le souffle et l'être" comme le fait Brigitte Maillard ou dans "l'ubac intérieur" de Jacqueline Saint-Jean. La poésie comme « pierre de lumière / qui enterre la mort » (Karim Cornali), espace de "liberté intérieure" (Claire Fourier), ou bien comme "quête initiatique fondamentale", "élément central de nos existences qui se cherchent en profondeur" (Marie-Josée Chr...

Jean-Pierre Siméon

GIBRALTAR* Ceux-là ne vont pas à la mer pour la mer pas pour nouer leurs rires à la gerbe des vagues pas pour cuire leur sommeil sur le sable ils sont devant la mer debout sous la nuit sans étoiles comme devant l'abîme derrière eux la terre qu'ils aiment harassée dépourvue où il n'y a de choix qu'entre la mort et la mort devant eux rien la mer immense un abîme à franchir comme on doit bien franchir le désespoir ils savent que leur barque est plus fragile qu'un rêve ils savent que là-bas peut-être à l'autre bout du vide la mer recrachera leur corps sur le sable froid ils savent debout devant la mer Ici Jean-Pierre Siméon Cheyne éditeur * à rapprocher des drames récents de Lampedusa et Malte

Chantal Dupuy-Dunier

65 Ma mère est tombée. Ne voient plus les marches, les yeux de ma mère,                                comme dépolis. Ceux qui, si jeunes, m'ont vue naissant,                                     s'éloignent, brumes. (Les mères ne doivent pas chuter. Ce sont les enfant qui trébuchent lorsqu'ils commencent à marcher en leur tenant la main.) 66 Et nous tellement pudiques qu'elles glisseront sans que nous leur ayons dit combien nous les aimons. A l'heure où nos mères viendront à mourir, aurons-nous compris qu'elles tombaient sans vouloir nous déranger? Oh! Ma mère, tes yeux et ta cheville... Les corps n'ont pas le droit.  Chantal Dup...

Guillevic

Guillevic

« Dans le quotidien de la vie, je ne me présentais pas comme poète. Au yeux de tous, j'étais un petit fonctionnaire […]. Moi seul savais que j'avais à porter en moi cette étrangeté qui me poussait à écrire. En somme, c'était comme si constamment je nageais dans des eaux souterraines et que ma vie sociale était un périscope » Cité par Lucie Albertini dans « Guillevic Vivre en poésie ou l'épopée du réel » éditions Le Temps des Cerises

Sylvia Baron Supervielle

Autour du vide saisi ici le vide par un vide plus vaste et plus lucide et plein lance son long vol habité ****** dans l'air sans lieu ni emploi les mots absents des choses se rapprochent de la voix ****** je m'habitue à voir par les fentes du grillage nocturne à écouter contre les murs et le sol à être le cristal qui intercepte  l'invisible ****** sans relâche le circuit qui m'isole s'apprête  à l'ultime tour que je parte au pays le plus ointain ****** que je perde la mémoire la plus proche je ne quitte  pas  la même fenêtre ****** Sylvia Baron Supervielle Extrait de "l'inventaire des choses" une anthologie internationale de poésie contemporaine collection biennale internationale ds poètes en val-de-marne