Articles

Fabrice Caravaca

extraits de La Vie de Fabrice Caravaca, édition Les fondeurs de brique, 2010 : Page 17 : Nous avons du souffle et nous sommes fidèles. Nous nous sentons frères et nous sommes du parti des accolades et des baisers. Nous sommes vraiment vivants et dans chaque seconde de nos éternités nous palpitons. Nous ne nous accrochons pas aux futilités. Nous sommes convaincus et nous ne nous racontons pas d’histoires. Page 20 : Aux étoiles qui poussent le ciel et à la lumière qui dérobe les trous noirs nous faisons des saluts fraternels. Nous sommes en haut de la montagne mais nous connaissons tous les souterrains et nous nous réchauffons à la lave en fusion des volcans. Nous avons déjà voyagé au centre de la planète. Page 36 […] Nous avons en nous tous les mots des poèmes lus ou entendus. Ils vibrent et sont lumière. Ils déchirent le voile posé sur les choses. […] Page 40 : […] Chaque mot entendu sa...

Jean-François Mathé

Image
Lecture d'un poème exposé dans la vitrine de la Maison Internationale des Poètes et des Ecrivains de Saint-Malo (ville où il a reçu en 2013 le Grand Prix International de Poésie Guillevic-Ville de Saint Malo pour l'ensemble de son oeuvre).

Jean-François Mathé

Chaque nuit devant ma porte revient se coucher le même chemin. Chaque matin il attend que mes souliers lents avec eux l’emmènent. Et derrière moi, pour me remercier, je sais qu’à mon ombre il apprend la danse et le cloche-pied. Jean-François Mathé (inédit)

Passerelle, d'Erwann Rougé

Si cela existait, tous les poètes bretons, ces « bons compagnons de l'océan » dont parlait Guillevic, seraient des « poètes de la Marine » comme il existe des « peintres de la Marine ». Erwann Rougé, avec son dernier ouvrage "Passerelle - Carnet de mer" publié chez L'Amourier, y signerait son entrée de la plus belle façon. Mais fuyant la caricature, c'est bien plus qu'une étiquette-cliché que nous propose ici Erwann Rougé. La mer débarrassée de son excès de sels lyriques y gagne en force, sincérité et en émotion. Ici les îles au trésor, c'est en soi qu'il faut les chercher. Les Boscos  les Capitaines aussi. Situé par Bernadette Griot des éditions l’Amourier « entre recueil et récit », il s'agit tout simplement de poésie. Une poésie écrite à même le blanc de la passerelle d'un navire, à même l'écume fracassée en sillage. Passerelle donc, un titre à plus d'un titre certainement. Passerelle pour notre embarquement sans doute mais au...

Sinéad Morrissey

Génétique Mon père est dans mes doigts, ma mère dans mes paumes. Je lève mes mains et les regarde avec plaisir - grâce à elles, je sais que mes parents m'ont faite. Bien qu'ils se soient retrouvés dans des pays séparés, des hémisphères séparés, partageant peut-être le lit d'autres amants, ils se touchent en moi, là où les doigts sont reliés à la paume. Rien ne reste de leur union, que leurs amis en quête de leur image près d'une rivière : mes mains au moins témoignent de leur mariage. J'en fais une chapelle avec un clocher, et quand je la retourne, mon père est dans mes doigts, ma mère dans mes paumes, timide, devant un prêtre récitant des psaumes. Mon corps est leur registre de mariage. Je re-joue la cérémonie avec mes mains. Alors emmène-moi, obéis à l'exigence qu'a la peau de se refléter dans les corps du futur. J'accepte de léguer mes doigts si tu lègues tes paumes. C'est par nos mains que nous savons que nos parents nous ...

Revue Spered Gouez N°19 sur le thème « Mystiques sans dieu(x) »

Qu'une revue de poésie qui s'appelle "L'esprit sauvage", qui plus est publiée en Bretagne, se consacre à la thématique "Mystiques sans dieu(x)" me parait tout à fait logique. Mais Marie-Josée Christien a réalisé là un bien bel ouvrage empreint d’une humanité et d’un souci du partage qui fait plaisir à lire. Mystique et poésie donc tout d'abord, "quête de lumière et d'intériorité" selon Marie-Josée Christien, cet "obscur vertige des vivants" de Michel Baglin. Cette lumière que l'on pourrait placer "entre le souffle et l'être" comme le fait Brigitte Maillard ou dans "l'ubac intérieur" de Jacqueline Saint-Jean. La poésie comme « pierre de lumière / qui enterre la mort » (Karim Cornali), espace de "liberté intérieure" (Claire Fourier), ou bien comme "quête initiatique fondamentale", "élément central de nos existences qui se cherchent en profondeur" (Marie-Josée Chr...

Jean-Pierre Siméon

GIBRALTAR* Ceux-là ne vont pas à la mer pour la mer pas pour nouer leurs rires à la gerbe des vagues pas pour cuire leur sommeil sur le sable ils sont devant la mer debout sous la nuit sans étoiles comme devant l'abîme derrière eux la terre qu'ils aiment harassée dépourvue où il n'y a de choix qu'entre la mort et la mort devant eux rien la mer immense un abîme à franchir comme on doit bien franchir le désespoir ils savent que leur barque est plus fragile qu'un rêve ils savent que là-bas peut-être à l'autre bout du vide la mer recrachera leur corps sur le sable froid ils savent debout devant la mer Ici Jean-Pierre Siméon Cheyne éditeur * à rapprocher des drames récents de Lampedusa et Malte