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Gilles Plazy

Dans l'actuel état de crise de la langue, avivée par l'emprise de la grande mélasse médiatique, ne serait-ce pas le rôle, la mission, de la poésie de sans cesse travailler à la restauration de la langue comme matière et mouvement de la liaison de l'homme au monde, du dire de l'expérience humaine fondamentale que chacun a à vivre et qu'il vit dans sa singularité? Gilles Plazy Les mots ne meurent pas sur la langue éditions Isabelle Sauvage site internet de Gilles Plazy  

Anne de Szczypiorski

     L'angoisse est là, féconde. Sur sa toile se promènent des filles chétives presque belles. Le ciel est figé par sa flèche dans un soupçon de crépuscule, sans joyaux et sans parfum. Le ciel est un tissu opaque et sale. La lumière sinistre d'un holocauste injuste aveugle l'espérance. Il n'y a plus que le « je n'aurais jamais dû » qui ouvre encore un œil hideux parce qu'utile.      Des fleuves de sang séché coulent de l'autrefois, évoquant des enfants squelettiques aux cheveux secs, rêches, ébouriffés et noirs, avec des yeux pareils à des soleils que noircit la fumée des usines.      Les toits perdent leur peau de reptile rugueux et bleuâtre.Le froid feuillette les chairs orange, givre les doigts aux ongles blancs. Le chanvre indien devient morose dans la narghilé et ses rêves sont changés en spectres crochus, gribouillés. L'Absolu flegmatique s'est laissé piétiner. Des lianes massives ligotent les bulles d'enthousiasme q...

Philippe Jaffeux, Alphabet (de A à M)

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Un livre qualifié de «  proliférant et multiforme  » (C.Vercey), «  vertige lucide  » (F.Huglo), « nouvelle énergie » et «  une des plus grandes entreprises littéraire du temps  » (J-P Gavard-Perret), ne peut qu'intriguer et inviter à la découverte. A contrario, le même livre, un pavé de près de deux kilos, au format 21x29,7 pourrait faire fuir. Mais ce nouvel Objet Littéraire Non Identifié mérite vraiment les hommages qu'il reçoit un peu partout. Philippe Jaffeux, qui affirmait «  Le propre de l'homme est de se salir au contact d'une parole transparente  » 1 n'hésite pas à nous nettoyer l'esprit avec toute l'encre des manques, interstices et pages blanches. Revenir aux fondements non pas de la langue mais de la civilisation : l'alphabet (mais qui du chiffre ou de la lettre fut le premier?), et y tenter la fission avec les nombres. Une nouvelle forme de poésie géo[poé]métrique non affiliée à l'Oulipo mais bigrement as...

Jérôme Bouchaud et Georges Voisset : passion pantoun

Il n'y a pas que le haïku dans la vie ! Et le pantoun alors ! Importé en France par Victor Hugo dans Les Orientales , le pantoun (et non pantoum comme l'a laissé imprimer Hugo) n'a pas le même succès que le haïku. Jérôme Bouchaud et Georges Voisset tentent inlassablement de réparer cette injustice en multipliant les occasions de faire découvrir leur passion pour cette poésie traditionnelle mais néanmoins moderne. Le pantoun , forme poétique originaire de l’archipel malais-indonésien est un poème à forme fixe, brève, mais différente du haïku et tanka japonais plus connus en France. Le pantoun est en effet le seul parmi ces formes brèves à se décomposer en deux parties : la première, ombre portée  ("pembayang") objective et descriptive, et la seconde, sens  ("maksud") subjectif ou proverbial. Traditionnellement, le pantoun est un quatrain fait pour être énoncé, échangé, récité, chanté, dansé au gré des circonstances de la vie quotidienne (déclaration...

Jean-Claude Pirotte et Guénane : Une île ici et là

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Quel est ce « besoin d’îles » qui me fait lire, par hasard, le même jour, le regretté Jean-Claude Pirotte « Une île ici » et Guénane « L’approche de Minorque » ? L’un, malheureusement décédé, est édité chez un grand éditeur (Mercure de France) l’autre, heureusement bien vivante, par une petite maison de micro-édition qui n’en fait pas moins un gros travail de qualité éditoriale : La Porte (depuis 17 ans, aux bons soins attentionnés d’Yves Perrine). Quel est ce besoin et cette conjonction d'actualité autour de ces îles où selon Blaise Cendrars « l’on ne prendra jamais terre » ? Deux tentatives de réponses. Jean-Claude Pirotte, qui a « bourlingué n'importe où » et qui vivait « en rond / comme dort la couleuvre », dédie ce livre à Guillevic. Un intéressant jeu de il ou elle, où l'on ne sait qui est « il », Guillevic , ni qui est « elle », Groix, Belle-île, Hoedic ? Il ne situe pas précisément cette île, il préfère en toucher l’universel, le mythe. L'île comme « r...

Pascal Quignard

Les poissons sont de l'eau à l'état solide. Les oiseaux sont du vent à l'état solide. Les livres sont du silence à l'état solide. Pascal Quignard Sur le jadis Grasset

Virginie Gautier ou la littérature enrichie

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François Rannou, infatigable passeur de L'Inadvertance, nous propose dans sa collection chez publie.net un ouvrage disponible en ebook qui illustre parfaitement l'évolution que peut vivre la littérature dans les prochaines années. Une littérature à la croisée de nouveaux chemins ? Que nous propose donc Virginie Gautier, cette auteure née en 1969 qui vit entre Paris et le Finistère? Elle enrichit notre lecture avec des liens hypertextes, des illustrations, des sons (extraits lus par l'auteure), des vidéos réalisées par elle aussi. Mais ne nous trompons pas, il n'est pas question d'illustrer le propos écrit mais d'accompagner le lecteur dans une démarche artistique étendue bien au delà des limites de la page. L'auteur cherche à multiplier les angles d'approche en jouant à la fois sur l'espace et la géographie du territoire urbain exploré et sur le mode de représentation des sensations ressenties. Il est même possible d'enchevêtrer parfo...