samedi 12 décembre 2009

Quand je me deux de Valérie Rouzeau

Hier Valérie Rouzeau se deut du temps qu'il fait bien breton. Poète en lecture.
Ses mots bouillent se bousculent se bouturent à d'autres attachés. Bourimés ou pas ses mots nous bousculent. D'abord à l'écoute puis à la lecture,

Poète de la confusion le fondre ensemble les Port Nawak mêlés. Les mots en tourne-boule. Les gants-de-renard offerts en bouquet à une mécanicienne de Jarmush. La rose à Woody. "Les rues sales leurs noms propres". Même un numéro de téléphone. Les méli-mélo français anglais et mille autres kekchoses qu'on étudiera surement plus tard dans les lycées.
Poète de l'allusion. Les mots des autres comme alluvion. Encore mille références nourricières. (Mille et mille, cela fera deux mille, vraiment neuf.) Car quand Valérie Rouzeau se deut, elle pense autres. Les poètes, les lieux, autres tous ici rappelés. Giorno, Mallarmé, Dickinson, Queneau, Courtade, Demarcq, Hugo, Bourdelier, Dubost, Lahu...Sans doute Sylvia Plath aussi. Et les anonymes pourtant nommés. Les amis, les frères, Fallou et la grand-mère (Rouzeau un peu brin de Zang donc...).

Alluconfusions, poésie des mélanges, poésie lieu du douloir certes mais poésie lien à lire absolument.


Quand je me deux
Editions Le temps qu'il fait

vendredi 4 septembre 2009

« Malnoë » de Malo Bouessel du Bourg

« Malnoë » mauvaises terres attendues longtemps aux bons soins d'un bon libraire rennais. Mais mauvaises terres découvertes quand même. L'auteur, Malo Bouessel du Bourg, breton, bretonnant, exilé au soleil catalan. Malo tout entier inclus dans ce « Malnoë ». Ma mère connait ce nom, mes tantes aussi. Moi je ne connais bien que le lieu de « Malnoë » . Ma jeunesse y a cueilli des champignons et m'aventurer sur ces terres privées avait le frisson de l'Interdit. Avec aussi, un peu de crainte de voir débouler un sanglier. Ces mal-terres de joncs et de bois que j'ai souvent sillonnées en vélo en regardant perplexe le « bon dieu rouge » avant la côte.

A l'ouverture plutôt un malaise. Le malaise de la couverture avec cet œil et cet oiseau sombre. Le titre en majuscules comme griffées à l'encre noire. Peut-être la patte de ce « loup lyrique » évoqué dès les premières pages...ou le bec de cet oiseau... Un 28x14 orangé, heureusement pas rouge.

Alors, me précipiter à sa lecture pour y retrouver ma jeunesse. Pourquoi pas des souvenirs communs? Mais non, rien de directement relié à ma mémoire. Bien sûr, le bois autour, les chasseurs, le camélia, « le pommier, la ronce, l'acacia », « l'eau tranquille des mésanges », le « cerisier qui fleurit comme une robe sans mariée ». Beaucoup d'animaux, beaucoup de végétal. Et la terre, jamais oubliée.

Le « loup lyrique » nous fait penser tout d'abord au loup d'Eluard ou celui de Vigny. Mais, selon l'auteur lui-même, il est inspiré de la "maison du loup", « une dépendance dont l'entrée était condamnée et dont nous ne pouvions scruter l'intérieur inondé de pénombre que par une étroite lucarne. Une belle entrée métaphorique en terre de poésie ! Une sorte d'effroi nous saisissait aux abords de cette petite maison de pierre, d'autant que l'origine de son nom nous était inconnue et que notre imagination allait bon train pour combler cette lacune. »

Rien de mon enfance donc mais des souvenirs de l'auteur, sa famille, des rencontres, des lieux de Bretagne ou d'ailleurs. Quelques haïkus semés comme des cailloux blancs. « Malnoë est donc davantage un lieu "source" qu'un lieu géographique ou strictement biographique. C'est la proximité avec la nature et la traversée des saisons qui m'ont marqué de leur empreinte la plus vivante. Et le deuxième gisement où puise "Malnoë" est la mer et plus précisément celle qui borde le Trégor. » confie Malo Bouessel du Bourg.

Et Daniela Jordanova, « l'ombre qui attend » qui illustre si bien plusieurs extraits très courts. En y ajoutant ce malaise délicieux de ce perdre dans ces lointains.

Certains prennent bien du plaisir dans la peur. J'ai eu plaisir au malaise de lire ce recueil.

 

http://www.petit-vehicule.asso.fr/livres_03.php?id_livre=79&id_collection=3

mardi 12 mai 2009

Coups portés – Cécile Guivarch

Dans son nouveau recueil « Coups portés » éd. publie.net, Cécile Guivarch nous fait retourner vers le passé. « respirations de tout un siècle ou deux de générations qui se succèdent ». Un passé sans nostalgie, dur, avec une campagne austère comme cadre. Dans un style méli-mélant les anecdotes, le lecteur redécouvre par flash des morceaux d'histoires personnelles cachées, enfouies sous des tonnes de tabous, de rancunes et d'odeurs nauséabondes « les traces on n'en veut pas quand ça pue ». Quand poésie et psychanalyse creusent ensemble les rocs intérieurs...
Ces bouts d'instants « qui sont autant brins bouts des racines », tout mélangés comme dans nos têtes. Vagues impressions, vagues témoignages d'aïeux disparus, tout est déjà en nous. Cécile Guivarch remue tout cela pour mieux le faire remonter « tout un art des histoires ces affaires qu'on n'a jamais fouillées dedans ».
On y croise les Pauline, les « Totor, Aimé, Ferdinand finissent par ailleurs reviennent ne s'effacent pas vraiment », Lourdes, l'assistance publique, la queue pour les tickets de rationnement, des « frictions d'ortie », le « calva enfermé à double tour », « quatre cinq chicots juste assez pour engloutir pain et soupe ».
L'être et l'avoir. Pas du tout l'écrit. L'avoir surtout. Ces histoires d'héritage qui montent les enfants les uns contre les autres pour parfois peu de choses « bout de terre ne vaut pas grand kopek ». Ces petites vies terminées depuis longtemps, on les prend comme bagage au moment du grand débarquement sur la terre. Ces « coups portés » avant la naissance, moins violents que dans le ventre de la mère (quoique...), il faut les accepter et finir par « se faire fœtus et attendre ».
Une poésie aux mains calleuses certes que ces mots de Cécile Guivarch, mais à la poignée franche. Un langage rude comme une toile grossière mais touchant directement au mystère de l'inné. L'inné n'est pas ligne seulement petites touches. Alors sans être maso, osez ces « coups portés ».



Coups portés, Cécile Guivarch. PDF écran et eBook (Sony/iPhone), 48 pages.
ISBN 978-2-8145-0228-4.
Les premières pages à feuilleter librement ci-dessus.
Téléchargement texte intégral 5,50 euros.

lundi 16 février 2009

La face nord de Juliau, cinq – Nicolas Pesquès

Comme d'habitude, commencer la lecture par le début « No man's land ». Et tout de suite après par la fin « Finir une phrase extérieurement ». Déjà y voir une boucle évidente.
Puis lire en désordre – luxe de la poésie – piocher au hasard, debout dans la médiathèque. Se dire que ce livre va nous emporter. L'emprunter.
Ce livre part de rien donc, ce "no man's land". Et puis tout sortir dans ce miracle de phrases devenues livre. « Se briser le cœur de lire. Se casser les dents d'écrire ». La difficulté d'écrire extérieurement ce qui se dit intérieurement.
Partir de rien, le mont Juliau. D'un lointain Jules César. Juliau centre du
monde depuis cinq épisodes, depuis vingt ans déjà. Juliau magnifique sur la couverture de Bernard Moninot. Ah l'importance des couvertures!

Partir de rien, le jaune. Aussi. Pourquoi pas? Prétexte pour écrire soi. « Ecrire jaune comme on fauche au printemps », « Pré-texte comme nature ». Le jaune comme le filtre du photographe noir et blanc, « comme une optique pour regarder à l'intérieur du poème ». Juliau colline au sang jaune.
Partir de rien à dire. N'avoir rien à dire pour chercher comment l'écrire. « un pied dans la couleur, un autre dans l'expression ». Nicolas Pesquès, Juliologue. Le seul. Prendre colline pour miroir et s'observer encore. Juliau qu'on ne voit pas car non décrit. Mais Juliau imaginé chacun à sa façon. Ecrire ne pas décrire. Tout un jeu de négatifs. Toujours la photo. « Où trouver du négatif dans la nature? » Le jaune et le noir. Le jaune et Juliau. Juliau et l'écrit. Langage et paysage. Ecrit et décrit. Jaune et cris. Comme si le négatif était plus expressif que la photographie elle-même.
« De quel monde n'avons nous pas voulu en fabriquant nos yeux? ». « Plus je regarde le paysage plus j'entends la dissidence des mots ». Car il est bien là le travail du poète : « fabriquer de la lumière avec des lettres », un « récit impossible pour cause de langage ».
Tous les poètes écrivent sur l'écrire. Peu le font aussi bien que Nicolas Pesquès.