mercredi 1 juin 2011

Olivier Cousin Sous un ciel sans paupière*

Un poète habitant une rue au nom de poète. C’est l’enveloppe qui me le dit avant que je la déchire pour découvrir le dernier livre d’Olivier Cousin : Sous un ciel sans paupière. La poésie attire la poésie. Déjà noter le lien.
Des liens, on en trouve en nombre dans ce recueil. Lien patronymique entre Olivier Cousin et son cousin l’olivier. Mais aussi avec le poète Olivier de Magny. Lien entre Bretagne-Nord et Grèce. Ouessant et Crète. Le même vent dans les yeux. Entre Grecs et Turcs. Mythologie et monde moderne. Soleils d’Italie ou d’Andalousie et ciels à paupières bretons. Méditations méditerranéennes entre enfance (cette rue Neptune à Brest) et âge adulte. Entre racines croisées. Liens aussi avec de nombreux dédicataires pour ces poèmes. Et dans l’écriture, liens entre contemporain et classique (quelques sonnets semés par-ci par-là et même du Bellay y fait une apparition).

L’offrande et le lien, telles sont me semble-t-il quelques-unes des clés de ce livre. L’auteur nous offre sa vision d’un monde méditerranéen à la croisée de chemins antiques afin de nous la faire rapprocher de la nôtre. Car même sans y avoir posé les pieds, on a tous une vision de la Grèce avec quelques souvenirs de ruines et de statues dans le livre d’histoire de 6ème. Alors les mots d’Olivier Cousin nous parlent d’un pays pas si inconnu que cela. Et puis, il y a aussi l’Italie, la Toscane…La terrasse n'a aucun luxe / seule l'histoire lui a donné son lustre / et l'air sa patine d'éternité.

Bien entendu, Olivier Cousin a convié toute la mythologie grecque. Mais toujours avec une pointe d’humour qui élimine toute préciosité et n’en fait pas un cours d’histoire. Zeus, Ulysse, Dionysos, Orphée, Thésée, Icare, le Minotaure, ce Labyrinthe où une direction dit parfois merde à l’autre, Xénophon et même Zorba le Grec ou encore le komboloï que les hommes tripotent dans les cafés. Et puis l’olivier aussi, offrande et lien à lui tout seul qui attend sagement que l’éternité / finisse par venir le saisir.

Mais Le ciel tendu comme une toile bleue / l'air qui embaume le romarin / servent trop souvent d'écran / entre le mythe et le rêve. Alors chercher, et trouver sûrement, dans ce recueil sa propre définition...

Soixante-deux poèmes en cent vingt-huit pages. Autant de feuilles tombées de cet olivier dans le frémissement du soir quand les cigales se sont tues. Mais se pose la question : Ça rime à quoi / de lire sa vie / dans les feuilles d’olivier / quand on est né sous un hêtre ? 

Soixante-deux poèmes en cent vingt-huit pages, c’est aussi grâce aux illustrations de Jean-Yves André et à un avant-propos de Marc Le Gros, eux aussi dans l’exactitude du trait.

L’offrande et le lien. Telle est la poésie d’Olivier Cousin. Et ses voyages autour de la Méditerranée sont sans nul doute placés sous les mêmes influences. Alors laissons-nous embarquer dans cette croisière en Méditerranée que nous offrent les éditions La Part Commune.

Olivier Cousin
Sous un ciel sans paupière
éd. La Part Commune, 2010,  128 p,  13 €


 * article paru dans le numéro 20 de la revue N4728 en juin 2011

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