jeudi 29 mars 2012

Bernard Noël

Impression générale sur Bernard Noël après l’avoir rencontré à Rennes, avoir lu « extrait du corps », le n°49 de la revue NU(e) et le n°21 de la revue CCP :

Ecrire la secousse en épicentre Je, avec tous ses émois collatéraux. Y chercher des liens existants ou n’ayant jamais existé. Co-incidences, liens de connivence entre les catastrophes. Je est une catastrophe et ce lien n’est parfois que simple illusion. Mais trouver cette illusion c’est déjà accepter le lien. Tout tremblement a un lien avec l’illusion. L’intervalle ente l’illusion et la sismologie du corps est inscrit sans doute dans les gènes. C’est à l’artiste qu’il revient de le faire apparaître.
Je est au centre du triangle illusion-émotion-art. L’émotion s’exprimant souvent par tremblements, l’artiste doit résister à cette magnitude qui emporte beaucoup de monde. Mais résister n’est pas forcément combattre. Se laisser porter par la confusion fait sûrement avancer plus loin encore.
Le poème aussi est dans ce triangle. Il devrait pouvoir se mesurer en magnitude, tout comme l’Homme. Quel horrible expression : mesurer le poème ! Mais c’est pourtant de cela dont il s’agit. Le poème ne naît pas d’une image mais de la force invisible que celle-ci nous procure. Il n’est de preuve que l’écoute de son corps dans la réception de cette chaleur dans la précipitation des mots au bout des doigts. Et puis la mesure en référence au rythme du poème…
Mais alors Je en épicentre, est-ce à dire son esprit, son corps?
L’esprit est un mouvement d’imbrication de milliers d’éléments immatériels que le poète cherche à étaler sur sa table de travail. Le blanc de sa page immaculée lui permet d’en apercevoir le moindre détail qu’il ne verrait pas autrement.
Ecrire c’est faire apparaître et lire d’une façon autre. Il ne s’agit pas d’un négatif/positif comme en photographie mais juste un passage dans l’intervalle du sens. Juste prendre le parti du sillage pour emmener le lecteur là où il ne pensait pas aller. Rien de pire que ces romans dont on devine la fin et les ficelles. Et dans cet imbroglio d’imbrications, le poète y met tout le poids de son corps comme levier. Pour provoquer, mettre sa voix devant, l’éboulis créateur comme l’explosif qui fait partir l’avalanche destructrice.
J’écris cela en pensant à Bernard Noël, lui qui a extrait du corps bien des épicentres. La magnitude de cet homme là est inversement proportionnelle à la douceur de sa voix. Sans combattre, une parole peut faire magnitude. Celle de Bernard Noël assurément.

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