mardi 19 janvier 2016

Déborah Heissler – Sorrowful songs

Sorrowful songs. Cela sonne bien. Ce pourrait être un titre de Léonard Cohen ou de Bob Dylan. Mais non, ce titre fait référence à une composition d'Henryk Górecki de 1976, la Troisième Symphonie, Symphonie des Chants Plaintifs ou Symphony of Sorrowful Songs. De la musique en tout cas, il y en a beaucoup dans les ouvrages de Déborah Heissler. Et avec son écriture profonde et fragile, où les cordes sensibles du piano se tissent des fils intimes de l'émotion brute, Déborah Heissler nous livre à nouveau une belle polyphonie en trois actes.


Autour de la thématique du deuil de l’Être aimé, « Toucher absolu de la distance qui nous sépare désormais », « Toi rien, puis toi exactement. Plus rien de toi que / nous. Tu – à la chute du jour, non moins brûlante.» nous retrouvons Blanche, la musicienne, entraperçue déjà dans le premier ouvrage de Déborah Heissler, près d'eux, la nuit sous la neige, publié il y a dix ans aux éditions Cheyne et qui a reçu le prix de poésie de la vocation décerné par la fondation Bleustein-Blanchet. « Blanche // Ce bleu. D'un seul trait égal et sans nuance. Ten- / dant à l'absolu. Énigme de l'herbe dans ta main. // Tu as gorgé mon œil de basalte, soufflé la neige / sur mes pas. »



Mais dans les pages de Déborah Heissler, point de pathos, ni de larmes, juste de l'émotion et de l'intelligence. Blanche, c'est bien sûr la neige et ses flocons qui tombent comme des blanches sur une portée musicale en une symphonie dépouillée (Déborah Heissler a l'intuition du dépouillement comme expression du lyrisme). Une sorte de recueillement des mots pour dire mieux l'absence et la perte. « Bruissements du ciel comme une main. Blanche. / Je te visage. »



Poésie du recueillement ou bien partition de cris silencieux ? La perte de l’Être aimé c'est aussi une perte d'un peu du patrimoine de l'humanité à la fois musical, littéraire et pictural. A noter ici également dans cet ouvrage, les 4 illustrations de Peter Maslow, architecte-artiste new-yorkais, et la très belle édition par Æncrages & Co. Avec en musique subliminale, les pas de Debussy dans la neige, il y a tout un mystère dans ces chants plaintifs. Mais la poésie utilise souvent l'alphabet compliqué de la vie pour en distiller l'émotion. Et Déborah Heissler sait à merveille disposer sur notre chemin de lecture quelques cailloux blancs de repère pour évoquer, au-delà d'Henryk Górecki Bach, Mozart, Debussy, René Char, Philippe Jaccottet, Roland Barthes, André du Bouchet, etc.

« Vides ensuite, très vite, les heures creuses de la / nuit qui couvrent de confusion le silence profond / de quelques marteaux – Sensiblement. Fixement. / Sans maître désormais. »



Il est de coutume de dire qu'un poète à sa propre musique. Mais pour Déborah Heissler, cela va bien plus loin. La musique est une (la?) trame de son œuvre et de sa vie. Et qui mieux que la musique et la poésie pour transformer des plaintes en symphonie ? Qui mieux que les mots et les notes pour briser nos barrières ? Écrire n'est jamais que chercher à transpercer. Et ces chants plaintifs, parfois requiem, parviennent à nous toucher à plus d'un titre.





Sorrowful Songs

Déborah Heissler




ISBN : 078-2-35439-072-3
Collection Voix-de-Chants
64 pages avec des reproductions en sérigraphie de 4 dessins de Peter Maslow.
Prix : 18 euros 


Article publié également sur le site Recours au poème
  

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