mardi 19 janvier 2016

Laurent Girerd – Le Millier d'arbres sous le regard

Quand Laurent Girerd se fixe comme mission de rendre aux cerisiers les pétales envolés, l'on se dit qu'il y aura bien de la poésie dans ce nouveau tirage des éditions Le temps qu'il fait. Faire mission d'un impossible n'est-il pas ce qui honore l'écrivain ? Et quand celui-ci s'astreint quotidiennement à « faire ses exercices d'admiration » nul doute que l'écrivain se fait poète.

Avec ce voyage au Japon, Laurent Girerd souhaite aller fêter Hanami, le retour sacré du printemps où les japonais, se rassemblent sous les « nuages roses et flottants » des cerisiers en fleurs.

Dans ce recueil de courtes proses poétiques, Girerd ne cherche pas à fabriquer une énième japoniaiserie haïkisante. Car, même si j'aime sa fulgurance et sans faire de basho bashing, je commence à me lasser des haïkus. Sans doute qu'à force d'ateliers d'écritures, il s'est tellement répandu qu'il en a perdu justement sa fulgurance...

Ici, sur le chemin des pétales envolés, Girerd expérimente en petites proses combien « le goût des choses n'est pas inné » et nous fait découvrir ce Japon ancestral qui attache de l'importance à la façon de croiser les pans du kimono. Les pétales de cerisiers symbolisent le retour du printemps et des aigrettes. Mais l'auteur sait bien que « ces pétales fripés repliés / Pourquoi comme au soir de la vie ? », que le cycle des saisons ne s'applique pas à la vie humaine et que l'hiver ne donnera pas un nouveau printemps.

Bien sûr, Girerd ne se prive pas de métaphores intelligentes pour évoquer ces pétales de cerisiers : « La Voie lactée qui bat ses matelas. », « La traîne en mousseline de la brise en jeune mariée ». Mais « l'image des confettis ne convenant pas / à ces noix d'onguent / à ce détachement du monde / presque aristocratique », jamais ne se contentant de la facilité, l'auteur dit s'efforcer « de bannir tout prosaïsme dans [sa] manière de poser le regard ».

Ce voyage au Japon, initiatique à plus d'un titre sur les pas de Saigyô, Bashô et Buson, est un hommage à la « grandeur d'un arbre qui ne donnera pas de noyau à replanter, de confiture à tartiner, de liqueur à déguster. Qui fera seulement naître chez son contemplateur l'émotion qui réchauffe l'esprit. ». Faire naître l'émotion qui réchauffe l'esprit, ce pourrait être là, aussi, l'autre mission du poète...

Bien qu'arrivé trop tard d'une dizaine de jours à Yoshino, but de son voyage, Laurent Girerd transforme cette quête personnelle en un véritable hommage à cette belle culture japonaise qui mérite mieux que des exercices approximatifs en atelier d'écriture.



Le Millier d'arbres sous le regard
Laurent Girerd

2015. 96 p
ISBN 978.2.86853.606.8
14,00 €



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