Articles

Nono, de Thierry Le Pennec

Louis Dubost a eu son "Pas revoir" de Valérie Rouzeau. Que soit donné à Yves Landrein le même succès avec ce "Nono" de Thierry Le Pennec. Cet ouvrage édité en 2009, vient de recevoir le Prix Eugène Livet 2011 et ce n'est que juste récompense. Ici la mort, c'est celle du frère. La mort, cette "cavale blanche" bien connue des brestois. Une mort qui touche une fratrie de sept. La mort vue par un homme et son quotidien. Tout de suite, on a envie d'être ami avec cette fratrie. Il y a de l'amour, de l'humour, de la musique et des mots chez ces gens-là. Et toujours la nature, si chère à Thierry Le Pennec. Une mort en plein milieu pour dire aussi l'après. Le retour dans sa maison, la première Toussaint, le travail avec le fils, l'écoute des chansons aimées ensemble, l'amour aussi et le souvenir, tout le souvenir. Après avoir lu ce livre, écoutez le sublime Denez Prigent et sa chanson "Go...

L'Heure dite, d'Henri Deluy

Image
Avec   L'heure dite  édité dans la belle collection Poésie/Flammarion, Henri Deluy poursuit le mouvement engagé avec   Arbres noirs . L'heure est donc au bilan. Des voyages, des amis, des poètes, des instants, des parfums, bref, tous ces moments-clefs d'une existence bien remplie, de poète engagé dans la transmission du fait et de l'action poétique. Mais rassurez-vous, ce bilan-là, n'est pas triste, Henri Deluy cherche plutôt à en rechercher l'intensité pour en tirer un magnifique ouvrage-fragments. Des voyages donc. De Budapest à Riga, d'Alger à Moscou, en passant par Venise, Kaboul, Recife et la Chine . Et plus encore, une tour du monde en une " géographie affective ". Voyager " Et ne pas être heureux / Enfin ". Voyager à la recherche de la langue, d'une écriture. Cette " langue apatride " qui fait se reconnaître les poètes. "Et / Ailleurs / Sans doute / Un lendemain / Les mots ". Le retour pour écrire ...

sur la tombe d'Apollinaire

Image
Je me suis enfin détaché De toutes choses naturelles Je peux enfin mourir mais non pêcher Et ce qu'on n'a jamais touché Je l'ai touché je l'ai palpé Et j'ai scruté tout ce que nul Ne peut en rien imaginer Et j'ai soupesé maintes fois Même la vie impondérable Je peux mourir en souriant Habituez vous comme moi A ces prodiges que j'annonce A la bonté qui va régner A la souffrance que j'endure Et vous connaîtrez l'avenir

Marc Le Gros - Passage du héron gris

Si je me fie au ton donné par la citation de François Cheng en exergue, pureté et légèreté vont marquer ce «  passage du héron gri s » de Marc le Gros. Quatrième et dernier volet (après le corbeau, l’aigrette et le cormoran*) d’une tétralogie des oiseaux du halage, Marc Le Gros se place à nouveau en observateur des passagers de l’Odet, ce fleuve breton qui traverse Quimper. Et tout de suite, dès la première page, la proximité avec l’humain écrivant «  C’est qu’on balaye la page du ciel nous aussi / Nos mots ce sont les plumes qu’on laisse / Les livres qu’on jette à la mer / On écrit sur le vide / Comme lui  ». Tout comme l'homme, le héron signe son œuvre de passage d’une trace de pas fragile sur la vase d’un fleuve passé. «  Le beau placé décomposé du pied / Sur le glacis des vases / Cette allure impeccable de celui / Qui voit clair et qui marche / Aussi lent qu'un grand fauve / Sur les œufs des saisons  ». Un pas hésitant, un vol malhabile, un pas...

collecte d'un été portugais

Fernando Pessoa Salut à Walt Whitman (extrait) […] Je ne peux jamais lire tes vers d'une seule traite… Il y a trop à sentir… Je traverse tes vers comme une foule qui me bouscule, Et je sens des odeurs de sueurs, d'huiles, d'activité humaine et mécanique. Dans tes vers, à un moment donné je ne sais plus si je lis ou si je vis, Je ne sais plus si ma place réelle est dans le monde ou dans tes vers, Je ne sais plus si je suis ici, debout sur la terre naturelle, Ou la tête en bas, pendu par une sorte d'appareil, Au plafond naturel de ton inspiration débordante, Au milieu du plafond de ton inaccessible intensité. […] Herberto Helder Cette main qui trace l'ardente mélancolie de l'âge est aussi celle qui serpente aux sources de la tête, qui ouverte à l'image du monde entre les deux tempes attise le cœur somptueux. ***** Branchies par quoi toute lumière éclose respire, rose, la première. ***** Incertain grandit un poème dans les désordres ...

Louis Timbal-Duclaux

Mr Timbal-Duclaux, mon regard a été accroché dans mon kiosque sur la une du n°111 du magazine "écrire magazine" qui titrait "Poésie, comprendre et analyser les techniques" et "Poésie et publicité". Je vous reconnais un certain talent dans la publicité puisque ainsi accroché j'ai immédiatement dépensé les 5.90 euros de votre revue. En revanche, je ne partage pas du tout votre opinion sur la poésie. Vos " vérités méconnues sur la publicité et la poésie " s'apparentent plus pour moi à des contrevérités qui traduisent, j'ai l'impression, un manque de connaissance de la poésie et en particulier de la poésie contemporaine. Je vais tenter de vous éclairer sur ce point sans aucune animosité à votre encontre car j'ai trop de respect pour le travail que vous faites pour l'écriture en général. Quand vous dites : " D'un côté la poésie, étudiée dans les cours de français comme l'excellence littéraire même ", c...

Jacques Ancet - Portrait d'une ombre

Faire le portrait d'une ombre ? Chercher le " non-visible qui peu à peu se trame aux lisières du visible " et ce qui se passe entre : " entre ici et ailleurs, entre hier et demain, entre tout et rien. Entre, toujours, entre. Entre le jour, la nuit, ce qui vient, ce qui s'en va - et qui revient toujours ". Tel est le projet annoncé de Jacques Ancet. Mais comme toujours chez les poètes (les grands), un ouvrage ne peut se résumer à un seul projet et le lecteur y trouvera de multiples chemins à explorer. Jacques Ancet est de ces poètes qui pratique allègrement ce que Pierre Mabille disait attendre des poètes " l'étude et l'agrandissement du réel, non sa condamnation ". Étude des petits détails de l'existence pour les agrandir et mieux montrer l'invisible. " Quand dire c'est montrer, les mots sont des doigts ". Il trouve là le moyen de pratiquer une sorte de cubisme littéraire en plaçant dans ce portrait comme le f...