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Habiba Djahnine

Sur les chemins, le bitume, les pavés Gisent des êtres qui souffrent de l'attente Des êtres que nos terres ne contiennent plus La mer du milieu les absorbe Les happe, les rejette sur les rivages incertains Dans l'autre continent, sans amour, sans sépulture [...] *** De quel silence demain sera-t-il fait? Quels seront nos bruits de fond? De quelle couleur seront nos solitudes? Nous avons construit des villes pour être assiégés Des maisons pour être assignés à résidence Des idéaux pour nous assassiner Des refus pour remplir le ciel d'un vacarme       assourdissant Où sont nos villes? Où sont nos hommes, nos femmes, nos enfants? Nos vieilles et nos vieillards? Où sont-ils? Nous avons si bien appris à être des martyrs Que rien d'autre ne semble nous émouvoir Les vivants sont là! Abasourdis, coupables, silencieux ou bavards Les vivants sont là dans tous les pays Ils parlent, ils crient, ils pleurent, ils meurent. Nous avons si bien appr...

Paul Quéré

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couche par couche effaçant le vide sondant des possibles non encore imaginés refusant l'enfermement dans la redondance des formes de l'objectivité naturalisante les empaillements de l’œil disant la ligne comme une fuite d'avance comme un recul constant de l'horizon la main proposant le tracé l’œil justifiant ou non veillant à l'habitation des noirs et des blancs pour affirmer la présence des formes et des couleurs considérant le motif comme une opportunité picturale peinture sans préalable Texte et peinture : Paul Quéré Poèmes celtaoïstes Éditions Sauvages

Dominique Sampiero

Et moi, aujourd'hui, je ressemble à la terre, à chacun de ses renoncements, à ses chemins pris au piège des ronces, à ses gémissements qui viennent non pas de la jachère mais de la mer, à ses hordes de blé et de seigle, à ses collants rouges bien mûrs qui la protègent des abeilles, à ses bouquets d'asters et de misères, à ses regards de fièvre, de brume, à son écorce d'eaux troubles, à ses lavis d'automne mutilés d'instants, aux mains tendues des buissons où s'endorment les cailles visiteuses, à ses transfuges de naissances et de jonquilles, à ses semences sans destination, à ses voyages de petite fille qui danse sur elle-même, à son ange noir de lave et de routes intérieures, à ses marais enroulés aux cheveux des villes, à ses itinéraires de métaux, de rivières, à son corps d'ermite qui se ronge, à ses horizons de miroir et d'orage, à sa sève, à ses mains qui le temps venu déversent l'ombre de tant d'années, à ses éclairs de faisan, de fougère,...

Gilles Plazy

Dans l'actuel état de crise de la langue, avivée par l'emprise de la grande mélasse médiatique, ne serait-ce pas le rôle, la mission, de la poésie de sans cesse travailler à la restauration de la langue comme matière et mouvement de la liaison de l'homme au monde, du dire de l'expérience humaine fondamentale que chacun a à vivre et qu'il vit dans sa singularité? Gilles Plazy Les mots ne meurent pas sur la langue éditions Isabelle Sauvage site internet de Gilles Plazy  

Anne de Szczypiorski

     L'angoisse est là, féconde. Sur sa toile se promènent des filles chétives presque belles. Le ciel est figé par sa flèche dans un soupçon de crépuscule, sans joyaux et sans parfum. Le ciel est un tissu opaque et sale. La lumière sinistre d'un holocauste injuste aveugle l'espérance. Il n'y a plus que le « je n'aurais jamais dû » qui ouvre encore un œil hideux parce qu'utile.      Des fleuves de sang séché coulent de l'autrefois, évoquant des enfants squelettiques aux cheveux secs, rêches, ébouriffés et noirs, avec des yeux pareils à des soleils que noircit la fumée des usines.      Les toits perdent leur peau de reptile rugueux et bleuâtre.Le froid feuillette les chairs orange, givre les doigts aux ongles blancs. Le chanvre indien devient morose dans la narghilé et ses rêves sont changés en spectres crochus, gribouillés. L'Absolu flegmatique s'est laissé piétiner. Des lianes massives ligotent les bulles d'enthousiasme q...

Philippe Jaffeux, Alphabet (de A à M)

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Un livre qualifié de «  proliférant et multiforme  » (C.Vercey), «  vertige lucide  » (F.Huglo), « nouvelle énergie » et «  une des plus grandes entreprises littéraire du temps  » (J-P Gavard-Perret), ne peut qu'intriguer et inviter à la découverte. A contrario, le même livre, un pavé de près de deux kilos, au format 21x29,7 pourrait faire fuir. Mais ce nouvel Objet Littéraire Non Identifié mérite vraiment les hommages qu'il reçoit un peu partout. Philippe Jaffeux, qui affirmait «  Le propre de l'homme est de se salir au contact d'une parole transparente  » 1 n'hésite pas à nous nettoyer l'esprit avec toute l'encre des manques, interstices et pages blanches. Revenir aux fondements non pas de la langue mais de la civilisation : l'alphabet (mais qui du chiffre ou de la lettre fut le premier?), et y tenter la fission avec les nombres. Une nouvelle forme de poésie géo[poé]métrique non affiliée à l'Oulipo mais bigrement as...

Jérôme Bouchaud et Georges Voisset : passion pantoun

Il n'y a pas que le haïku dans la vie ! Et le pantoun alors ! Importé en France par Victor Hugo dans Les Orientales , le pantoun (et non pantoum comme l'a laissé imprimer Hugo) n'a pas le même succès que le haïku. Jérôme Bouchaud et Georges Voisset tentent inlassablement de réparer cette injustice en multipliant les occasions de faire découvrir leur passion pour cette poésie traditionnelle mais néanmoins moderne. Le pantoun , forme poétique originaire de l’archipel malais-indonésien est un poème à forme fixe, brève, mais différente du haïku et tanka japonais plus connus en France. Le pantoun est en effet le seul parmi ces formes brèves à se décomposer en deux parties : la première, ombre portée  ("pembayang") objective et descriptive, et la seconde, sens  ("maksud") subjectif ou proverbial. Traditionnellement, le pantoun est un quatrain fait pour être énoncé, échangé, récité, chanté, dansé au gré des circonstances de la vie quotidienne (déclaration...