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Bernard Noël

                      je n'écrirai plus disais-je et tu me répondais il faut que vive de nous ce qu'aucune peau ne protège et qui n'a même pas de chair pour en mourir Bernard Noël La Chute des temps Poésie / Gallimard

Titos Patrikios

MA LANGUE Ma langue ne m'a pas été facile à garder au milieu des langues qui allaient la dévorer mais c'est dans ma langue que je continuais à compter dans ma langue que j'amenais le temps aux mesures du corps dans ma langue que je multipliais la volupté jusqu'à l'infini en elle que me revenait à l'esprit un enfant avec la marque blanche laissée par un caillou jeté sur sa tête rasée. Je m'efforçais de ne perdre pas même un de ses mots parce que c'est dans cette langue que me parlaient même les morts. Titos Patrikios Sur la barricade du temps Le temps des cerises

Alain Roussel, Le Labyrinthe du Singe

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Alain Roussel est un enchanteur onirique, exhausteur d'imagination comme on parle d'exhausteur de goût, de ces allumeurs d'univers qui marquent dès la première lecture. Mais c’est aussi un raconteur qui sait manier le style et les mots du poète. Son dernier livre Le Labyrinthe des Singes n’est pas à proprement parler de la poésie mais comme souvent dans sa collection « piqué d’étoiles » qu’il dirige pour les éditions Apogée, Jacques Josse aime à y publier des auteurs qui ont la poésie en eux. D’ailleurs, un roman dont le premier chapitre s’intitule « un coup de dés » n’est forcément pas loin de la poésie. Et ce livre, avec ce mélange d’humour et de poésie, et la même effervescence des mots, ne nous fait pas regretter le choix d’Alain Roussel d’avoir eu recours au roman et non au poème. Et puis, quelle bonne surprise ces brèves apparitions de Joë Bousquet, Henri Michaux et Petr Král ! Ce labyrinthe, publié donc par Apogée, est en fait un dédale jouissif, u...

Habiba Djahnine

Sur les chemins, le bitume, les pavés Gisent des êtres qui souffrent de l'attente Des êtres que nos terres ne contiennent plus La mer du milieu les absorbe Les happe, les rejette sur les rivages incertains Dans l'autre continent, sans amour, sans sépulture [...] *** De quel silence demain sera-t-il fait? Quels seront nos bruits de fond? De quelle couleur seront nos solitudes? Nous avons construit des villes pour être assiégés Des maisons pour être assignés à résidence Des idéaux pour nous assassiner Des refus pour remplir le ciel d'un vacarme       assourdissant Où sont nos villes? Où sont nos hommes, nos femmes, nos enfants? Nos vieilles et nos vieillards? Où sont-ils? Nous avons si bien appris à être des martyrs Que rien d'autre ne semble nous émouvoir Les vivants sont là! Abasourdis, coupables, silencieux ou bavards Les vivants sont là dans tous les pays Ils parlent, ils crient, ils pleurent, ils meurent. Nous avons si bien appr...

Paul Quéré

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couche par couche effaçant le vide sondant des possibles non encore imaginés refusant l'enfermement dans la redondance des formes de l'objectivité naturalisante les empaillements de l’œil disant la ligne comme une fuite d'avance comme un recul constant de l'horizon la main proposant le tracé l’œil justifiant ou non veillant à l'habitation des noirs et des blancs pour affirmer la présence des formes et des couleurs considérant le motif comme une opportunité picturale peinture sans préalable Texte et peinture : Paul Quéré Poèmes celtaoïstes Éditions Sauvages

Dominique Sampiero

Et moi, aujourd'hui, je ressemble à la terre, à chacun de ses renoncements, à ses chemins pris au piège des ronces, à ses gémissements qui viennent non pas de la jachère mais de la mer, à ses hordes de blé et de seigle, à ses collants rouges bien mûrs qui la protègent des abeilles, à ses bouquets d'asters et de misères, à ses regards de fièvre, de brume, à son écorce d'eaux troubles, à ses lavis d'automne mutilés d'instants, aux mains tendues des buissons où s'endorment les cailles visiteuses, à ses transfuges de naissances et de jonquilles, à ses semences sans destination, à ses voyages de petite fille qui danse sur elle-même, à son ange noir de lave et de routes intérieures, à ses marais enroulés aux cheveux des villes, à ses itinéraires de métaux, de rivières, à son corps d'ermite qui se ronge, à ses horizons de miroir et d'orage, à sa sève, à ses mains qui le temps venu déversent l'ombre de tant d'années, à ses éclairs de faisan, de fougère,...

Gilles Plazy

Dans l'actuel état de crise de la langue, avivée par l'emprise de la grande mélasse médiatique, ne serait-ce pas le rôle, la mission, de la poésie de sans cesse travailler à la restauration de la langue comme matière et mouvement de la liaison de l'homme au monde, du dire de l'expérience humaine fondamentale que chacun a à vivre et qu'il vit dans sa singularité? Gilles Plazy Les mots ne meurent pas sur la langue éditions Isabelle Sauvage site internet de Gilles Plazy