mardi 14 juillet 2020

Antoine Emaz

Atteindre en mots une certaine intensité de vivre, voilà peut-être ce que je demande à un poème, un livre. Que la vie ait été extraordinaire ou parfaitement banale, vécue par le poète ou non, cela n'a pas d'importance ; on peut faire l'économie du biographique, même si tout vient de la vie et y retourne, autrement. La difficulté vient de ce que les mots seuls, aussi bien que le seul vécu, ne suffisent pas. Une existence (ou un moment, une période de celle-ci) passionnante, tragique, peut se révéler aussi faible poétiquement qu'une poésie exclusivement savante, même à l'extrême de la technique et de l'intelligence. Et on ne sait pas bien où et comment s'opère la fusion entre les deux éléments de vivre-écrire. La confession fiévreuse, survoltée lyrique, est aussi décevante, au bout, que le pur travail, même acharné. Il faut que les deux s'articulent, à l'aveugle. Les années font gagner un peu en savoir-faire, mais ce dernier enlise aussi parfois. Reproduire ce qu'on sait faire, ce qu'on a déjà fait, rend alors assez dérisoire d'ajouter un livre aux livres.


Antoine Emaz
D'écrire, un peu
AEncrages & Co




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