mardi 23 janvier 2018

Stéphane Sangral - Des dalles posées sur rien


Je ne suis pas certain d'avoir toutes les clés pour analyser le dernier ouvrage de Stéphane Sangral aux éditions Galilée : Des dalles posées sur rien. Pas assez de culture philosophique, même si l'auteur affirme écrire un recueil « bien moins scientifique que poétique». Mais la dédicace reçue m'invite à ne pas céder à la tentation de refermer ce livre un peu ardu à prime ouverture « En espérant que ces dalles philosophiques sauront porter vos pas sur le plaisir de poétiquement marcher dessus». Et là je me dis chiche, allons arpenter ces dalles pour voir si elles sont vraiment posées sur rien ! C'est là l'un des intérêts de la poésie : partir dans une direction inattendue pour en apprendre plus sur soi et sur le monde.

Évidemment, je pense tout d'abord aux cimetières et à ces dalles de caveau posées sur des corps en décomposition. Mais rapidement je me rends compte que rien n'est si simple chez Sangral et que s'engage une réflexion sur l’Être, le concept de conscience réflexive découvert vaguement dans Wikipédia sans vraiment approfondir, un Je défini comme « la portion du soi qui se sait».

Dans la première partie, Sangral initie un dialogue entre le Je et la Raison, comme un étudiant avec son professeur, son maître plutôt. « Qui suis-je? Qui est Je?».
« Qui suis-je, moi qui sais n'être qu'un tas de molécules ; qu'un tas de molécules structuré pour croire qu'il est autre chose qu'un tas de molécules.»
« Qui suis-je, moi qui ignore jusqu'au sens de la question "Qui suis-je ?" ?». « Je suis de la chimie qui, souillée de traces d'alchimie persistantes, ne peut transformer le plomb de la désespérance en l'or de l'acceptation.»
Définir le Je, ni par l'avoir ni par l'être. Mais le langage est-il de l'avoir ou de l'être ? De même pour la conscience : le corps est-il fait de conscience ou bien en amasse-t-il à force d'âge ?

Et avec Sangral toujours cette approche de réflexion sur soi à partir de la spirale, les circonvolutions de son précédent ouvrage. Ne jamais trop s'éloigner de son centre et approfondir le sens vers le plus profond de sa conscience. Spirale plutôt que boucle ou plutôt encore spirale géante constituée de multiples boucles. Comme le mouvement des astres autour de leur soleil « processus lié à ma fascination pour le motif de la boucle - fascination elle-même liée à cette fascinante boucle qu'est la réflexivité de la conscience - ». L'exploration de sa propre conscience par la connaissance de l'infiniment grand. Le je au centre de l'univers. « Je est le seul véritable trou noir...».

Ces dalles sont comme la contribution de Stéphane Sangral à la cosmopoétique, comme une première pierre posée dans ce nouvel espace.
« La méditation ? Quand la conscience rêve fortement d'entrer au fond d'elle-même pour y trouver la sortie : le Cosmos...
La poésie ? Quand le Cosmos rêve fortement d'entrer au fond de lui-même pour y trouver la sortie : la conscience...»

Et puis bien entendu, Sangral en bon explorateur des mystères intimes universels, s'offre un temps de réflexion jouissive (le jeu du Je) autour du néant et de l'écriture du néant. Comme si le néant était un gigantesque labyrinthe rempli de Je, d'être et de langage. Un néant de consciences faites âmes par des questionnements autour de la mort :

« Qu'est ce que la MORT ?
[...]
4/ Un silence qui ne sait pas se taire.
[...]
14/ Le droit d'appeler Dieu par son petit nom : Néant. »

En 2011, Jean-François Dortier, fondateur et directeur du magazine Sciences humaines déclarait : « Selon moi, la science de la pensée, qui a beaucoup investi dans la physique, la chimie et la biologie, doit maintenant intégrer l’approche littéraire… » Nul doute que Stéphane Sangral y contribue avec ses "dalles posées sur rien".




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