vendredi 8 septembre 2017

Alain Roussel - Un soupçon de présence

Dans toute son œuvre déjà conséquente, Alain Roussel aime à jongler avec son imagination pour faire se télescoper tous les mythes et les idées. Dans ce soupçon de présence, édité par Laurent Albarracin au Cadran Ligné, il interroge la place de sa présence au monde à partir de ses cinq sens. "J'existe. J'ai conscience que j'existe. A part cela, l'énigme est totale. Je ne suis au monde que par mes sens." A partir de l'observation d'un arbre et d'un oiseau par la fenêtre, il verse, par la pensée, sur cette scène un soupçon (une pincée) de présence et de relation intimement liée entre l'auteur et ses deux vis-à-vis.
Bien sûr, aucune démarche scientifique dans ce propos mais plutôt une quête poétique "en activant le principe d'analogie, j'ouvre des portes, des fenêtres, je crée des courants d'air dans ma façon d'appréhender le monde." Alain Roussel fait sienne cette phrase d'Arthur Rimbaud : " Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens." et voit en la poésie une "quête de l'illumination des mots par les sens,des sens par les mots". C'est pourquoi il s'agit là d'un livre que tous les apprentis poètes devraient lire avant de prétendre écrire. C'est en effet en jouant avec ses sens et son imagination que l'on peut écrire des phrases comme "Les politiciens sont des ronds de bouche. Chaque tige de rose porte un baiser. Le coquelicot, qui a de jolies fesses, est unijambiste..." Et Alain Roussel d'insister : "La poésie est condamnée à dire à côté des choses. Dès qu'il y a désignation stricte - une chose, un mot - la poésie disparaît".
Au-delà du plaisir des sens présent partout dans ce livre, on découvre aussi celui de l'étude de ces sens avec le style jubilatoire et inventif d'Alain Roussel.




Un soupçon de présence
Alain Roussel
Le Cadran Ligné
Août 2015
99 pages
14 €





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