mercredi 3 juillet 2019

Yannick Torlini – Ce n’est rien


Le dernier ouvrage de Yannick Torlini est présenté comme un récit-poème sur le site des éditions TARMAC. Pas étonnant quand on sait que cet auteur n'aime pas parler de poésie, mais plutôt de textes, qu'il écrit des textes, qu'il explore la langue avec des textes et non des poèmes.

La langue donc , l' "ambiguïté de la langue". Depuis La malangue son premier recueil en 2012, ce travail sur la langue est une préoccupation constante chez Yannick Torlini. Par une succession de courtes strophes, comme des tweets, par des répétitions comme rebondissantes, il cherche sa propre langue, la place de la langue dans le temps présent, sa propre voie dans la langue.

"il y a une angoisse d'être de ce monde. d'être dans cette langue qui pense faire monde. / cette langue qui repose. sur l'obstination du sens. sur le sol accumulé par le sens. strates après strates, pierres après pierres."

"dans la langue il y a une autre langue qui creuse, gratte et crie. dans la voix un million de voix autres. m'adressent. me tarissent."

Yannick Torlini choisit la scansion pour dire et proférer le corps et le temps. Ses textes courts s'enchaînent et se succèdent dans un rythme et un style très rapide, comme autant de pas dans cette course contre le souffle qu'est le temps. Une course ponctuée sans majuscules. Mais à quoi servent les majuscules dans la déclamation?

Torlini interroge aussi bien sûr le temps qui passe "que tout poursuive. que tout s'érode. que les os tiennent la chair encore poursuivent que la chair tienne poursuive ici. / que les matins se succèdent lumière lente, sur la table, sur le bureau, sur tout ce qui porte le désastre lumière lente que tout poursuive."
Désastre et ruine du temps qui file "que les bouches poursuivent. que les cheveux tombent. que les ronces rampent. que la limite évite la lumière évide. que chaque abri chaque édifice crie la ruine." Comme un ravin invisible ou chacun vient à tomber "quelque chose du temps et des jours. quelque chose des ravins et des ronces. quelque chose sans mémoire et sans traces. / quelque chose quelque chose qui ne s'entend pas. ne se sent pas. ne se touche pas."

Mais Torlini n'est pas coupé du monde et de ses soucis : "j'écris pour le reste. pour la pluie et les terreurs liquides. pour les grillons qui tiennent encore les saisons debout, terre craquelée, sèche, puis glaise, meuble et molle." Et modeste face aux enjeux du monde et de son avenir "nous essayons d'être".

Cet ouvrage, ce n'est rien qu'un peu de poésie sans doute, mais cela fait du bien. Et dans ce rien il y a presque tout.

Ce n'est rien
Yannick Torlini
TARMAC éditions
2018
52p
10€


Note de lecture publiée également sur le site Recours au Poème 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire