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Petr Král (4 septembre 1941 – 17 juin 2020) :

[...] Il y eut pourtant assez de temps pour vivre, un après-midi entier où le vent sur la terrasse soulevait la nappe pour la tirer vers l'oubli, où une mate lueur perçait la grisaille des quais et l'ouvrait au blanc de nulle part, où les graines attendaient, comptées, dans l'ombre du magasin et dehors passait à vélo une déesse anonyme. Tout le temps pour vivre dans le frisson distrait d'un monde sans poids, pendant que vous dormiez. extrait d'un poème tiré du recueil Pour l'ange, publié en 2007 chez Obsidiane

Guy Allix - Au nom de la terre

Et tu vis cette terre qui te porte, te travaille, t'incline vers elle comme vers une page. Et tu vas cette terre au-devant de toi. Fragile est ton nom, ton nom à peine et qui s'envole dans un souffle. Et tu peines pourtant à inscrire ce sillon. * Tu travailles le poème comme on travaille un champ. Avec toute la lenteur nécessaire. Tu ratures la terre pour ne garder que la justesse. * Le peuple de la terre On l'appelait le peuple de la terre Mais le plus souvent on ne l'appelait pas Tant il fallait se pencher pour trouver un nom A ce peuple sans gloire A ce peuple courbé  Enraciné là  Le peuple de la terre L'humble Ces hommes ces femmes Les très bas Toujours à hauteur de ce sol Qui les avait vus naître  Et n'être que si peu Au regard de ces puissants qu'ils nourrissaient  Peuple de ces yeux scrutant toujours le ciel En attente d'une éclaircie ou d'une pluie Le peuple ...

Jacques Taurand - Les étoiles saignent bleu

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Christophe Dauphin nous appelle à découvrir ou redécouvrir Jacques Taurand, poète, nouvelliste, critique, autodidacte français qui, après une vie littéraire un peu dans l'ombre malgré de nombreuses rencontres, s'est définitivement éteint en 2008. Et cette publication vient justement (au sens où ce n'est que justice) remettre un peu en lumière cet auteur non dénué de talents. Ce recueil est un hommage à l'amitié, en particulier à celle entre Christophe Dauphin, Jacques Simonomis et Jacques Taurand. Et un hommage surtout à la fidélité en amitié, à travers cette anthologie revenant sur près de trente ans de poésie. Son enfance, bercée par un imaginaire familial aux couleurs du Brésil et marquée par les récits de chevauchées dans la pampa, d'oiseaux multicolores et de tempêtes tropicales, l'a éveillé à la puissance du récit. " A vouloir faire des nœuds avec le vent / à boutonner le cœur avec la raison / le bonheur dans la cage prend sa voix de fauss...

Cécile Coulon, Seyhmus Dagtekin et Roland Reutenauer

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Des ponts et des ronces Trois auteurs, trois âges, trois styles et pourtant des points communs. Des ponts et des ronces, mais surtout la poésie dans les mots. Les ronces de Cécile Coulon Cécile Coulon est la plus jeune de ces trois poètes. Elle publie Les ronces au Castor Astral. Bien que le titre ne le laisse pas penser, cet ouvrage est bien un appel à " vivre dans les hautes lumières ". Poèmes écrits sur plusieurs années, Cécile Coulon revient sur son passé avec sans doute quelques "ronces", " Ma force c'est d'avoir enfoncé mon poing sanglant / dans la gorge du passé", "On se remet de tout / mais jamais / à l'endroit ". Mais ce recueil est aussi un chant d'amour " ce visage endormi que tes yeux éclaboussent / de ce bleu si profond où la nuit / je ramasse / ce qu'il faut de trajet de tes lèvres à ma bouche / pour pouvoir le matin s'arrêter / se suspendre au bord / du temps qui ...

Yannick Torlini – Ce n’est rien

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Le dernier ouvrage de Yannick Torlini est présenté comme un récit-poème sur le site des éditions TARMAC. Pas étonnant quand on sait que cet auteur n'aime pas parler de poésie, mais plutôt de textes, qu'il écrit des textes, qu'il explore la langue avec des textes et non des poèmes. La langue donc , l' " ambiguïté de la langue ". Depuis La malangue son premier recueil en 2012, ce travail sur la langue est une préoccupation constante chez Yannick Torlini. Par une succession de courtes strophes, comme des tweets, par des répétitions comme rebondissantes, il cherche sa propre langue, la place de la langue dans le temps présent, sa propre voie dans la langue. " il y a une angoisse d'être de ce monde. d'être dans cette langue qui pense faire monde. / cette langue qui repose. sur l'obstination du sens. sur le sol accumulé par le sens. strates après strates, pierres après pierres. " " dans la langue il y a une autre lan...

Carole Carcillo Mesrobian – Aperture du silence

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Pour Carole Carcillo Mesrobian, " écrire c'est tenter de saisir un instant, une seconde, l'aperture d'un univers enclos dans le silence ." Et cette aperture est le maître mot de son dernier ouvrage, publié chez PhB éditions. Car il ne s'agit pas simplement d'une simple ouverture mais aussi en linguistique, l’ouverture du canal buccal au point d’articulation d’un phonème. Et que prononce le silence sinon le chant inaudible du monde végétal? C'est en tout cas ce que laisse suggérer l'incipit de cet ouvrage : " J'irai tu le savais porter le chant des arbres / Aux fenêtres du ciel " Et au-delà du végétal, Carole Carcillo Mesrobian, dans un style mêlant abstraction, surréalisme, regorgeant d'images, passe en revue toutes les vies silencieuses qui ont tant à exprimer : le feu " J'irai tordre le feu pour verser sa chaleur au seuil de tes hivers ". Les larmes " Nos corps ne plus / Comme un chien qui s'ébroue...

Bernard Desportes - Le Cri muet

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Alain Gorius et sa maison d'édition Al Manar ont l'habitude de nous gratifier de livres d'artistes de grande qualité mais Le Cri muet de Bernard Desportes vient ajouter de l'émotion à l'esthétisme. Bernard Desportes est mort le 20 mars 2018, le cri muet est son dernier ouvrage publié quelques semaines avant sa disparition. Ce dernier cri est une sorte d'autobiographie, bilan d'une vie d'écrivain " serai-je allé plus loin / qu'au seuil / de moi-même? " , traversant vingt cinq ans de poèmes, proses, essais, lettres de 1991 à 2016. Livre hommage, organisé par l'auteur lui-même, qui restera donc comme un témoin " ma vie / plus loin que moi ", de ce que fut son talent. Quand, pour un poème, Desportes choisit comme exergue cette citation d'Henry Vaughan : " et respire, toi, dans l'âcre monde / pour dire ce que je fus. " c'est pour décrire cet âcre monde qu'il dépeint au travers de ce choix ...