Chantal Dupuy-Dunier - Parenthèses

C'est une parenthèse d'émotion que nous offre Chantal Dupuy-Dunier dans son dernier ouvrage publié aux éditions du Nord / Éditions Henry. Une parenthèse parentale pour dire la mort, le manque, le souvenir. Ce n'est pas le premier ouvrage traitant de ce sujet mais cette approche par les parenthèses me semble intéressante avec tout ce que cela peut évoquer.

Au-delà du jeu de mots avec parents, Chantal Dupuy-Dunier voit en les parenthèses les planches courbes du cercueil. On peut y voir également d'autres symboliques. Les parenthèses pour inclure ses pensées intérieures dans un récit, pour y déposer des sentiments. Les parenthèses pour inclure une définition, et un homme et une femme ne trouvent-ils pas leur propre définition à travers leurs parents ?

Dans cet ouvrage, Chantal Dupuy-Dunier explore "la dimension du manque", de l'absence, "Ta présence est devenue celle, / plus aigüe, / des absents", de la perte, "Il manquera toujours un fragment / au puzzle mémoriel."

Restée seule avec les souvenirs, les photos, Chantal Dupuy-Dunier ouvre ses mots à ses parents, les "mots semblables à une chair saine, vivante". Les mots-portrait comme pour offrir une forme d'éternité à ce père désormais éteint, devenu sourd aux mots de sa fille, devenu source de ses poèmes pour une "Écriture devenue orpheline, / bancale, / privée de repère."  Les mots avec plein d'interrogations. Quel est ce Tu qui désormais s'est tu ? "La chair manque désormais / qui offrait une armature à ton nom." Les mots des autres aussi comme Saint-John-Perse ou Prévert.

Mais les mots eux-mêmes sont désemparés par ce vide. "La langue se dérobe au voisinage de la mort. / Syntaxe désemparée. / Langue morternelle ?" Et le temps qui passe commence son travail d'effacement. Alors résister. Ecrire encore et encore. Les petits détails qui reviennent, une casquette, "la dernière carte de Bon anniversaire", un vieux couteau, des bocaux de cerises, etc. Tous ces objets du quotidien auxquels on ne prête aucune attention et qui rappellent l'absence.

Et puis après le départ du père, celui de la mère dans un élan poétique plus vibrant plus grave encore. "Ton agonie ... / Comme ça peut-être long des points de suspension !"

La maladie, l'impression de délaissement, l'EHPAD est une "Maison d'arrêt... ", une "barrière fermée" où "la joie n'a pas de badge pour entrer" où l'on "ne vit pas avec les autres, / on reçoit leurs visites" Pour terminer par la cérémonie d'adieu "Les croches des musiques que tu avais choisies / griffent le bois clair de ton cercueil. "

Je vois cet ouvrage comme un tombeau.

Le tombeau est un momument, une célébration par le poème. Une stèle érigée en hommage pour marquer la fin d'une vie entre parentèle.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Kikuo Takano - Haut dans le ciel

Titos Patrikios – Sur la barricade du temps

Philémon Le Guyader - La Crevie suivi de Mon goéland et Poèmes ruche