Hassan Wahbi - Éloge de l'imperfection
Dans Eloge de l'imperfection, publié en 2012 aux éditions Al Manar, d'entrée, l'auteur affiche sa volonté de mélanger les sens en convoquant dès le premier poème les parfums (devenus secrets), le silence (des corps), le bruit (que fait l'habitude / de vivre), les yeux (s'habillent / de deuil), le blanc (des désirs) et un peu plus loin l'œil (de la tempête).
Et puisqu'il y a Éloge de l'imperfection, voyons un peu de quelles imperfections il s'agit.
Hassan wahbi s'interroge tout d'abord sur le vivre "Comment vivre juste" dans "le désir imparfait de vivre" ?
"A quel signe reconnaître sa vraie vie / dans ce qui est choisi, négligé ou oublié / dans le déroulement des forces et des faiblesses, / de ce qu'on croit avoir laissé échapper, / de ce qu'on croit avoir su sauvegarder ?"
Il veut "Laisser à la vie son désordre, / ce qui s'accomplit dans le corps du jour, / dans la vocation inutile de vivre".
Dans une poésie qu'aurait sans doute appréciée le regretté Bernard Noël, Hassan Wahbi relève les imperfections du corps et propose de "faire du corps / un oubli, / de toute nudité / un désarroi".
Et "d'un corps imprononçable " s'attacher au regard, lui aussi imparfait parfois. "Si tu veux parvenir à la vue juste, ton œil doit travailler à s'affranchir de ce qui détermine sa vision." disait Charles Juliet.
Hassan Wahbi complète son propos "nous croyons voir les choses, / n'est-on pas en vérité aveugles / car nous ne voyons pas / ce que nous voyons / on devine / ce qui se donne" car "Le regard est pauvre, / seuls les souvenirs du visible / importent."
Et le poète qu'est Hassan Wahbi sait observer, ne pas se contenter d'apercevoir."nous nous arrachons / à la pauvreté du réel / au commun / pour vivre autre chose / pour regarder ce qu'on ne voit pas".
Mais après avoir observé l'écrivain doit rendre compte, parler, dire, travailler la parole, même si c'est parfois difficile. "comment parler sans être / meurtri / par ses propres lèvres". Sa parole doit frapper, toucher, atteindre le but que son auteur s'est fixé. Il ne s'agit pas d'un dire banal. Inutile d'enfoncer des phrases déjà ouvertes, dans le brouhaha des masses. "Ne supportant le bruit des paroles / j'aimerais / être l'étranger / de toute vie / de toute supplique."
Toutes ces imperfections de nos vies, Hassan Wahbi en fait l'éloge car il sait que cela permet de nous interroger face à chacune.
"A quel signe reconnaître sa vraie vie / dans ce qui est choisi, négligé ou oublié / dans le déroulement des forces et des faiblesses, / de ce qu'on croit avoir laissé échapper, / de gens qu'on croit avoir su sauvegarder ?"
"Comment faire pour ne garder / que l'image, / l'ombre du corps, / le silence d'après ?"
"Qu'est cet acharnement / à combler les vides / à meurtrir le silence / à vouloir conclure le jour ?"
"dans quel livre / lit-on le secret de vie ?"
La poésie n'est pas uniquement dépeindre une émotion, c'est aussi s'interroger en une autre forme que la philosophie. Et quand Hassan Wahbi ne s'interroge pas lui-même, ses mots permettent d'ouvrir le lecteur vers de multiples domaines de réflexion.
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